25 août 2016

Repose-toi sur moi - Serge JONCOUR

Editions Flammarion
Parution : 17 août 2016
427 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Aurore est styliste et mère de famille. Ludovic est un ancien agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils partagent la cour de leur immeuble parisien et se rencontrent car des corbeaux s'y sont installés. Leurs divergences pour régler ce problème les mènent à l'affrontement mais ils finissent par apprendre à se connaître.

Serge Joncour est un écrivain français né en 1961. Il est romancier, nouvelliste et scénariste.

Ce que j'en ai pensé :

Je suis fan de Serge Joncour depuis longtemps, je relis UV régulièrement, et L'écrivain national était une belle réussite Pour autant, je redoutais ce nouveau roman : la quatrième de couverture ressemblait fort au synopsis d'une pâle bluette...

Effectivement, tout semble conduire à un roman d'amour à l'intrigue et aux ingrédients un peu convenus : un gars venu du Lot, veuf et d'origine paysanne, et une parisienne, styliste, mariée, belle et mère de jumeaux...

Sauf que, si l'ensemble souffre un peu du romantisme facile et n'évite pas certains poncifs et certains raccourcis (opposition paysans/citadins, force/fragilité, solitude/famille), la plume de Serge Joncour fait merveille et révèle toute l'empathie qu'il a pour ces personnages, dévoilant leurs failles et leurs hésitations, explorant les méandres de l'âme humaine, ses inquiétudes...

Alors même si ça n'est pas le meilleur roman de l'auteur, c'est une belle histoire (d'amour) et certains passages maintiennent le rythme, sont carrèment addictifs, permettant de passer un bon moment de lecture !

20 août 2016

Nos lieux communs - Chloë THOMAS

Editions Gallimard
Parution : 25 août 2016
176 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

À la fin des années 60, quelques étudiants d’extrême gauche partirent s’établir en usine. Dix ans plus tard, Bernard et Marie les suivirent, tentant de croire encore à la révolution. Bernard resta quelques années ; Marie, elle, y est encore.
Leur fils Pierre, qui a été élevé par Bernard parce que Marie un jour s’est brusquement éloignée, ne s’intéresse pas à sa mère ni à cette expérience de l’engagement. Il a grandi silencieusement dans cette distance qu’il a faite sienne.
Cette histoire, c’est Jeanne, son amie, qui la recueille aujourd’hui : auprès de Bernard d’abord ; auprès de Marie, qu’elle part rencontrer alors que personne ne l’a revue depuis des années ; dans les silences de Pierre ; dans l’intimité de la chambre qu’ils partagent ; à Berlin, plus tard. Elle tente de s’y frayer un chemin, de la comprendre, de la réinvestir autrement. 

 Chloé Thomas est née en 1985. Elle vit à Paris. Nos lieux communs est son premier roman. 

 Ce que j'en ai pensé :

"On" dirait qu'on écrirait un livre sur la vie à l'usine, sur les illusions d'une jeunesse post-soixante-huitarde qui croit dur comme fer aux valeurs de la gauche révolutionnaire...
Ce "on" de la narration qui m'a bloquée dès les premières pages, ôtant presque au livre son côté romanesque, exercice de style qui m'a rebutée, phrases tellement travaillées qu'elles en paraissent artificielles, sans émotion et sans sincérité :

"On trouvera aussi bien, d'ailleurs, à y redire, puisqu'ils ne cessent d'appeler la condamnation de principe : c'est dans l'essence même de leur transgression comme de leur fausse assurance morale. Commençons (c'est une histoire)."

A la page 10, j'en ai déjà marre... et bien que le style me déplaise, "on" persiste !
J'ai envie de connaitre les motivations de Bernard et Marie : le premier qui choisit l'usine comme un moyen de se sortir de l'ordinaire, de sa vie toute tracée ou presque de petit-bourgeois bien étriqué et l'autre qui vit mécaniquement, qui répète comme un automate les gestes qu'on lui a enseignés (à l'usine ou à la cafétéria), histoire de dissimuler quelque blessure sans doute...et leur fils, Pierre, sans envie, sans ambition, sans rancune, largué par sa mère qui a pris le large...
Au tiers du roman, j'ai lâché l'affaire !
J'aime la maladresse des  premiers romans, je pardonne volontiers leurs imperfections. Surtout, comme ici, quand la trame narrative m'intéresse : j'avais idée que cette histoire de "prolétaires par choix" pouvait être riche.
J'ai simplement été déçue, et surtout par le style, trop ampoulé, trop en ellipses et ça n'a pas fonctionné ...
Je n'ai pas aimé que, non contente d'énoncer certains points de vue (en phrases trop longues), l'auteur ajoute nombre parenthèses, reformulant la même idée, la précisant, la "complexifiant", comme à la recherche d'une précision linguistique, sémantique, qui ne nous est pas nécessaire (je dois être allergique aux multi-parenthèses comme avec Jaenada ).
La lourdeur de la narration a eu raison de ma patience, dommage !

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard qui m'ont offert de lire ce roman dans le cadre de  l'opération "Masse critique" !



14 août 2016

Retour à Oakpine - Ron CARLSON

Editions Gallmeister
Parution : 11 février 2016
Titre original : Return to Oakpine
Traduction : Sophie Aslanides
288 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :
La petite ville d’Oakpine, au cœur des magnifiques paysages du Wyoming, offre une vie paisible à ses habitants. Et c’est à cela qu’aspire Jimmy, 50 ans, atteint du sida. Devenu un écrivain renommé à New York, il souhaite désormais retrouver sa ville natale pour y passer les derniers mois de sa vie, et renouer avec ses parents. Il découvre que le destin vient de réunir à Oakpine ses trois meilleurs amis d’enfance : Craig, Frank et Mason. Chacun a fait son chemin, construit une vie, mais tous se trouvent aujourd’hui à un tournant de leur existence. Petit à petit, au gré de ces retrouvailles, les quatre hommes vont se rendre compte que leur amitié est la meilleure arme pour effacer les fantômes du passé et affronter les obstacles du présent.
Avec pour décor des images lumineuses et émouvantes de l’Ouest américain, Ron Carlson dépeint toute l’humanité de ses personnages et offre un portrait bouleversant de l’amitié, dans un nouveau roman qui confirme son infini talent à sonder les âmes.


Ron Carlson est né en 1947 en Utah et a grandi à Salt Lake City. Après des études de lettres, il devient professeur dans le Connecticut puis à l'université d'Arizona où il commence à enseigner le creative writing avant de devenir directeur de ce département. Il enseigne aujourd'hui la littérature à l'université de Californie. 



Ce que j'en ai pensé : 

Premiers chapitres décevants...je les ai lus sans ressentir d'empathie pour les personnages évoqués, à part peut-être pour Craig ou pour son fils...Même Jimmy, malade, n'attire pas spécialement la compassion. D'ailleurs, avant que je n'abandonne le roman à la page 153, il n'est dit nulle part qu'il est atteint du sida, bizarre non ?

Pourtant, j'ai cru que j'allais me suis laisser prendre au piège de ce portrait d'une bande d'amis, devenus quinquagénaires, à l'évocation de cette petite ville du Wyoming, à ce parfum de nostalgie que dégage le roman. Mais justement, la nostalgie emporte tout sans qu'il ne paraisse rien en sortir de positif, pas de gaieté, chaque évocation de souvenir semblant au contraire infuser de la tristesse.

Alors on pourrait penser que la perspective de perdre un ami secoue tellement cette ex-bande de potes que cette tristesse est voulue par l'auteur ? Sauf que seuls deux d'entre eux évoquent vaguement la perspective d'une visite au malade à la page 152 ! Super les copains !!
Bref, ça m'a achevée !

A noter : page 40, une phrase incompréhensible (erreur de traduction ?) sur laquelle j'ai dû revenir plusieurs fois avant de renoncer :

"Le miroir biseauté se composait de trois grands panneaux ; sur le bord supérieur du panneau central, trois trous causés par des tirs datés de la préhistoire, même s'ils étaient concluaient un millier d'histoires, qui toutes tournaient autour de féroces jalousies et d'erreurs sur la personne, et qui toutes passaient pour vraies et très récentes, on le jurait."

Un roman qui ne m'a pas touchée, pas émue, et que je garde pour plus tard, persuadée qu'on est quelquefois moins réceptifs à certaines histoires qu'à d'autres moments ou qu'on attend trop d'un roman...dommage !




13 août 2016

Délivrance - James DICKEY

Editions Gallmeister - collection Totem
Parution :  29 mai 2015
Titre original : Deliverance
Traduction : Jacques Mailhos
320 pages
Prix Medicis roman étranger 1971

Ce qu'en dit l'éditeur :

Pour tromper l’ennui de leur vie citadine, quatre trentenaires décident de s’offrir une virée en canoë sur une rivière vouée à disparaître sous un lac artificiel. Peu expérimentés mais enthousiasmés par le charismatique Lewis, ils se laissent emporter au coeur des paysages somptueux de Géorgie. Mais la nature sauvage est un cadre où la bestialité des hommes se réveille. Une mauvaise rencontre et l’expédition se transforme en cauchemar : le monde qu’ils ont pénétré n’est régi par aucune loi. Dès lors, une seule règle subsiste : survivre. 

 
James Dickey est né en 1923 à Atlanta. À dix-neuf ans, il s'engage dans l'armée de l'air et sera pilote de chasse pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée. En 1962, il publie son premier recueil de poèmes et en 1965 obtient le National Book Award pour son recueil Buckdancer’s Choice. Après avoir été nommé consultant en poésie pour la bibliothèque du Congrès, il devient professeur à l'université de Caroline du Sud à Columbia. En 1970, il publie Délivrance, qui obtiendra le prix Médicis étranger en France et sera adapté au cinéma par John Boorman, ce qui assurera à cette terrible fiction une renommée internationale. 



Ce que j'en ai pensé :

Soyons clairs....!

J'ai commencé ce bouquin en le trouvant un poil chiant et "daté" : les atermoiements d'Ed, cadre dynamique dans le média visuel, ses hésitations, ses fausses questions genre "dans quelle étagère ?" ont failli me faire abandonner le bouquin avant les 50 premières pages...

Et tout à coup ! ça déglingue ! 
Le rythme s'accélère, emporte tout (oh ! la scène sauvage de la sodomie au fond des bois!), et rien ne m'a plus empêché de tourner les pages ! 
Rien, absolument rien ! même pas la vague image de John Voight (oui, oui, le père d'Angelina Jolie !) ou de Burt Reynolds (sérieux ? le mec des westerns spaghettis ?) repérées sur la bande-annonce du film...

J'ai été happée, scotchée, un brin étourdie par la sauvagerie de l'ensemble, par l'instinct de survie - puisqu'il s'agissait de ça bien avant que quiconque ne monte dans un de ces foutus canoës - par l'implacable destin ! Waouh !

Quand je pense que j'ai cru tomber sur un nanar et que j'en suis sortie estomaquée ! 
Pas loin d'un coup de cœur !! 

Nature writing sans pêche à la mouche (et avec la  Cahulawassee river qui se fracasse dans les rochers, il devait y avoir quelques truites !) mais avec une narration qui restitue à la perfection chaque bruissement de fougère, et thriller en embuscade !