28 mai 2017

Une vie comme une autre - Darcy O'BRIEN

Editions 10/18
Parution : 16 juin 2016
Titre original : A Way of Life, Like Any Other
Traduction : Lazare Bitoun
216 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Acteurs stars, les O’Brien mènent une vie faste dans le Hollywood des années 1940. Mais la gloire, tout comme le cinéma muet, ne dure pas. Le couple se sépare. Entre ces deux êtres déchus – une mère alcoolique et instable, un père rongé par la nostalgie – et le fantasme d’un monde enfui, le fils cherche sa place : les filles, l’université, la promesse d’une vie comme une autre. D’une écriture acérée et aérienne, Darcy O’Brien revisite les dessous de ce Hollywood vintage et signe un roman d’initiation drôle et décalé sur l’apprentissage de la désillusion. Un bijou.


Darcy O’Brien (1939-1998) est né à Los Angeles de George O’Brien et Marguerite Churchill, deux acteurs star de films muets qui ont tourné avec John Wayne. Il a étudié à l’université de Princeton, à Cambridge, puis à Berkeley et a lui-même enseigné à Tulsa. Son premier roman, Une vie comme une autre, a remporté le prix Pen/Hemingway en 1978.

Ce que j'en ai pensé :

Hollywood et ses stars, du glamour à revendre mais aussi des envers moins reluisants quand les anciennes vedettes du cinéma muet sombrent dans la dépression et l'alcool, quand les vieux cowboys sont encore plus solitaires...

Au milieu de ce "paradis" qui fout le camp, un gamin, Darcy, fait son apprentissage de la vie et de l'amour, porte un regard toujours un peu ironique sur le monde qui l'entoure.
Darcy dont les parents (acteurs) divorcés ne comprennent pas qu'une page se tourne et qui continuent à rêver au retour de leur gloire perdue. 

 George O'Brien et Marguerite Churchill, les parents du narrateur

Le personnage de la mère est haut en couleurs : de ses cheveux roux flamboyants à la mise en scène de ses amours, elle est fantasque et excessive, se prenant de passion pour un sculpteur russe, Anatol dont les œuvres mêlent antiquité à lubricité (l'incroyable statue de la nymphe Syrinx faisant une fellation au Dieu Pan !!..), puis menant la grande vie à Rome...avant de mourir ivre au milieu des épluchures de crevettes en Espagne !
Quant au père, il se réfugie dans la religion  et se perd dans ses souvenirs de héros des Marine, oublie de se laver, planque des trucs dans son garage...

Ce roman est partiellement autobiographique (sa mère meurt en réalité quinze ans après son père ; il n'évoque ni son frère ni sa sœur, contrebassiste célèbre), mais il est surtout un savoureux mélange de tendresse et de presque cruauté  qui se lit d'une traite !

Il offre un regard d'enfant sur l'Amérique des années 1950, évoque avec nostalgie tout ce qui a construit l'auteur, ce qui l'a mené à la littérature dans cette vie qui ressemble à un roman.

27 mai 2017

Idaho Babylone - Theo HAKOLA

Éditions Actes Sud - Collection Actes Noirs
Parution : Septembre 2016
Traduction : Yoann GENTRIC
368 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Metteur en scène originaire de Spokane, dans l’État de Washington, Peter Fellenberg réside en France depuis plus de trente ans. Alors qu’il est sur le point de monter une nouvelle pièce de théâtre dont le rôle principal sera tenu par une célèbre actrice de cinéma, sa soeur Marnie l’appelle des États-Unis, affolée : sa fille aînée, Macie, vient de disparaître lors d’un camp de vacances organisé par l’Église, dont l’adolescente a récemment embrassé un peu trop ardemment les principes… À moins qu’elle ne se soit enfuie avec un certain Brandon, neveu d’un suprémaciste blanc notoire de l’Idaho voisin ?
Si Marnie fait appel à ce frère qu’un sombre chapitre du roman familial a définitivement éloigné de ses origines, c’est que Peter a été le grand ami d’enfance de Tom Palm, pasteur, précisément, de l’église évangéliste dont la jeune fille est une prosélyte.
Secrètement taraudé par un désir confus de renouer avec son pays, Peter saisit cette occasion de retrouver Spokane et va tenter d’arracher Macie aux griffes d’un destin qui menace les enfants d’une Amérique victime de tous ses aveuglements.
Avec ce roman cinématographique mené tambour battant et peuplé de personnages aussi singuliers qu’affirmés, Theo Hakola offre, entre gravité et humour, un éclairage troublant sur la capacité des racines originelles à venir percuter les aspirations à la création et à la quête d’altérité.
Né à Spokane, dans l’État de Washington, Theo Hakola  a étudié à la London School of Economics and Political Science ( 1975/76) et est titulaire d’une licence d'Histoire politique, délivrée par The Antioch University, Yellow Springs, Ohio – 1977.
Il est l'auteur de quatre romans publiés en France :
La Route du sang (2001) et La Valse des affluents (2003) au Serpent à plumes, puis, chez Intervalles, Le Sang des âmes (2008) et Rakia (2011). Musicien, réalisateur artistique, homme de radio et de théâtre, c'est l'une des grandes voix de la scène alternative internationale.

Ce que j'en ai pensé :

Chrétiens ? Oui mais...d'abord suprémacistes blancs, de ceux qui s'affublent d'une cagoule et se promènent avec une corde à nœud coulant, brûlent des croix, détestent les pédés, les juifs et les noirs (dans l'importe quel ordre !), s'arment comme pour la guerre et se font tatouer des croix gammées, et ....se revendiquent de Dieu !
Il n'y a pas que les intégristes musulmans qui ont la vue basse et les idées courtes ! 
Il y a aussi Kevin, et "Longue-Barbe" et leurs acolytes dans ces mobil-homes, protégés par des oies (comme au temps de Rome), par César et Brutus, les chiens pas sympas.
Et Macie au milieu, qui se croit amoureuse, qui n'en est plus très sûre (est-ce encore un pêché de plus ? déjà que ses parents, anciens adeptes renonçants, sont du côté de Satan !), Macie qu'il faut sauver de ses adeptes du KKK, un peu "bas-duf" (bas-du-front)...

C'est parfois un peu long, mais c'est bon ! 

Un roman qui explore l'Amérique de Sarah Palin, ces américains sûrs de la suprématie de la race blanche, persuadés du conspirationnisme sioniste, opposés à Obama (un noir à la Maison Blanche WTF ?!!!), luttant contre l'avortement et la pilule et dont le cerveau est lessivé-conditionné-préformé par les chrétiens évangélistes, une secte qui abrite des fous dangereux dont le jugement est altéré : une Amérique terrifiante finalement, bien plus que cette intrigue pas très "sautillante", parfois plus marquée par la réflexion que par l'action.

Un polar intéressant et captivant, quand même !

26 mai 2017

Je m'appelle Nathan Lucius - Mark WINCKLER

Editions Métailié
Parution : 26 janvier 2017
Titre original : Wasted
Traduction : Céline Schwaller
240 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Nathan Lucius est un jeune homme ordinaire. Il dort avec la lumière allumée. Il collectionne les vieilles photos anonymes. Il vend des encarts publicitaires dans un journal. Il s’entend plutôt bien avec sa chef. Parfois ils vont boire des bières. Il a une amie plus âgée, Madge, une antiquaire un peu fantasque. Il aime que chaque jour ressemble exactement à la veille. Il déteste les souvenirs. Un type banal. Parfois, il ne se souvient plus de rien. Il est un peu confus.
Un jour, Madge le supplie de l’aider à en finir. Elle a un cancer, elle n’en a plus pour longtemps, elle souffre trop.
Mais peut-on demander ce genre de choses à Nathan ?

Mark WINKLER a grandi dans la province du Mpumalanga, à l’est de Johannesburg. Il travaille actuellement comme directeur artistique dans une agence de publicité, au Cap, où il vit avec sa femme et ses deux filles. Je m'appelle Nathan Lucius est son deuxième roman.

Ce que j'en ai pensé :

Un type a priori normal, ce Nathan ! Une vie presque ordinaire (à la limite de la sociabilité parfois), des manies  étonnantes et presque cocasses (dormir avec la lumière allumée, écouter sa voisine de palier se masturber, constituer un arbre généalogique avec des photos d'inconnus...) qui construisent un personnage sympathique et attendrissant dont on devine pourtant une blessure grave. 

Jusqu'à ce que le roman bascule, avec un meurtre-suicide d'une brocanteuse en phase terminale d'un cancer puis la disparition de la fameuse voisine. On retrouve alors Nathan, complètement mutique, en train de jouer aux échecs dans un hôpital psy. Petit à petit,  sa personnalité et son enfance traumatique se dévoilent...

C'est un roman qui réussit le tour de force d'être tour à tour drôle et grave, qui fait entrer le lecteur dans la psyché de ce garçon étrange et fragile dont on ne parvient finalement pas à savoir s'il est simplement toqué ou extrêmement intelligent et retors. 
C'est très fin, déroutant, à la limite du polar, et servi par une narration aux phrases courtes et percutantes ! 

J'ai adoré cette histoire qui ne manque pas de traits d'humour (bien grinçant parfois !), j'ai aimé être surprise par ce gaillard et ses élucubrations, ne pas être sûre de ce que son esprit cache.


22 mai 2017

Monteperdido - Agustin MARTINEZ

Editions Actes Sud - Collection Actes noirs
Parution : mai 2017
Traduction : Claude BLETON
480 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Monteperdido : un village de montagne acculé contre les plus hauts pics des Pyrénées. Des routes sinueuses, impraticables en hiver, des congères, des rivières qui débordent. Quelques familles, souvent coupées du monde, des sangliers et des chevreuils dans les forêts de peupliers et de pins noirs. C’est là que disparaissent un jour deux fillettes de onze ans qui, comme tous les soirs, traversaient la pinède de retour du collège. Malgré la mobilisation exemplaire du village, on n’a jamais retrouvé leurs traces.
Cinq ans plus tard, au fond d’un ravin, une voiture accidentée et le cadavre d’un homme. À ses côtés, une adolescente désorientée mais vivante : Ana, une des fillettes disparues. Si l’autre est toujours en vie, le temps presse. Qui se cache derrière cet enlèvement ? Deux inspecteurs de Madrid viennent rouvrir l’enquête mais se heurtent à l’hostilité des habitants qui chassent en meute, faisant front contre l’élément exogène, prêts à lutter jusqu’à la mort pour cacher leurs terrifiants secrets. Il apparaît pourtant qu’Ana connaît son ravisseur. Est-ce uniquement la peur et la proximité de son bourreau qui la musellent ? Comment comprendre la troublante triangulation qui s’est jouée pendant cinq ans dans le sous-sol exigu d’un refuge de montagne ? Un roman puissant, âpre et vertigineux à l’image de son saisissant décor.

Né en 1975 en Espagne, Agustin MARTINEZ a d'abord travaillé dans la publicité avant de se consacrer à l'écriture de scénarios. Monteperdido est son premier roman.

Ce que j'en ai pensé :

Monte perdido, mont perdu...un coin reculé des Pyrénées espagnoles, une vallée noyée sous la neige en hiver et sous les pluies torrentielles au printemps, celles qui détruisent les ponts et noient ses habitants.
Un lieu comme hors du temps où la faune sauvage (sangliers, cerfs et chamois) s'ébat dans la forêt qui couvre cette vallée, un endroit où les touristes viennent se reposer, s'essayer à l'escalade ou au canyoning. Là où le seul tunnel qui aurait relié ce "rien" au monde n'a même pas été achevé...Là où ont disparu cinq ans auparavant deux gamines même pas ados.
Tout le monde a été soupçonné et il a été soudain, naturellement, plus commode de supposer qu'une personne extérieure au village avait pu enlever (tuer ?) les deux gamines..
Sauf que, dans ce village coupé du monde, chacun tient ses secrets bien gardés, protège son intimité, se défie de l'autre.
Sara, la flic un peu névrosée, va démêler les fils, s'égarer, reprendre les pistes d'une enquête bâclée cinq ans plus tôt

Un rythme assez lent mais qui permet au lecteur de s'immiscer dans l'âme de chacun des protagonistes, de comprendre les failles et les peurs, de cheminer au plus près de chacun d'eux.
Plutôt très bon pour un premier roman et au final, une intrigue prenante à laquelle s'ajoute une fin déroutante !


18 mai 2017

Les passants de Lisbonne - Philippe BESSON

Editions 10/18
Parution : 19 janvier 2017
192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Hélène a vu en direct à la télévision les images d’un tremblement de terre dévastateur dans une ville lointaine ; son mari séjournait là-bas, à ce moment précis. Mathieu, quant à lui, a trouvé un jour dans un appartement vide une lettre de rupture. Ces deux-là, qui ne se connaissent pas, vont se rencontrer par hasard à Lisbonne. Et se parler. Une seule question les taraude : comment affronter la disparition de l’être aimé ? Et le manque ? Au fil de leurs déambulations dans cette ville mélancolique, dont la fameuse saudade imprègne chacune des ruelles tortueuses, ne cherchent-ils pas à panser leurs blessures et à s’intéresser, de nouveau, aux vivants ?

Ce que j'en ai pensé :

Avant de partir pour Lisbonne, j'ai bien envie de déambuler dans cette ville via la littérature, histoire de m'imprégner de l'ambiance.

Ici, Philippe Besson déroule deux peines, deux solitudes, deux deuils ; celui de l'époux disparu dans une catastrophe naturelle (la faille de San Andrea en Californie) et celui de l'amant du narrateur, évaporé par lassitude d'une histoire d'amour et de désir.

La narration alterne le il/elle du ressenti de ses deux êtres qui se rencontrent presque malgré eux à Lisbonne et déroule les souvenirs et les regrets, les tentatives de s'en détacher. Elle est bercée d'une mélancolie très "saudade".

Mais...

Le roman ne m'a pas touchée. 

Les deux personnages m'ont paru lointains, flous, je n'ai pas ressenti d'empathie (encore que pour la veuve, j'ai apprécié son cheminement dans le deuil), je me suis même un peu ennuyée alors que le rythme est bon, entrainant...

Pour moi, ce n'est donc pas un excellent roman, je ne peux pour autant définir ce qui m'a déplu ou ce que j'aurais aimé y trouver. Je suis restée à distance de ces atermoiements sentimentaux (perte de l'être aimé, douleur, regrets, compensation affective etc...)

J'ai apprécié pourtant la narration nostalgique, parfois un peu lente.

A noter, en exergue, ces quelques vers de Fernando Pessoa, poète portugais :

Lorsque viendra le printemps,
si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts qu'au printemps passé.
La réalité n'a pas besoin de moi. [...]

(in  "Je ne suis personne")

12 mai 2017

Souviens-toi de Lisbonne - Olivier FREBOURG

Editions de la Table Ronde - Collection La petite vermillon
Parution : 24 avril 2008
176 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

«Lisbonne. Je m'y coulerai, j'y reviendrai. Ces allers et retours seront des caresses, des oscillations : les matins du Portugal, le ciel bleu au-dessus des maisons, l'air du Tage et l'incertitude déchirante qui gouverne toute vie portuaire. Longtemps, nous avions gardé ce mot de passe sur nous et entre nous : Lisbonne. Si l'aventure tournait mal, si l'histoire devenait trop noire, la ville blanche serait notre point de chute.
Tu avais cette excentricité des femmes slaves promptes à se consumer pour une cause perdue tant qu'il y a du panache, de l'honneur, une injustice à pourfendre. Tu déshabillais les mensonges, brûlais les masques. Je croyais que nos voyages au Portugal allaient tromper la mort, transformer la roulette du sort en toupie folle. Nous allions remporter la mise, une nuit de bringue, dans un casino non loin de Cabo da Roca, le cap le plus à l'ouest de l'Europe. Ma martingale était un mensonge. J'ai trafiqué mes sentiments à coups de paysages, de paradoxes, de vitesse. Tu m'as poussé dans le fossé. Éclopé, je prétendais encore courir les océans.» 

Olivier Frébourg est un journaliste, écrivain et éditeur français né en 1965 à Dieppe, il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages. 
Navigateur émérite, il est reçu parmi les Ecrivains de Marine en octobre 2004


Ce que j'en ai pensé :

Saudade, nostalgie, mélancolie.
Porto, Lisbonne, l'Argentine. Le souvenir de la femme aimée et disparue (on ne saura jamais ni comment ni pourquoi, ni quand), le souvenir de voyages partagés avec elle ou en solitaire, perdu entre deux ports de l'Atlantique.
 
" L’Atlantique relie le Portugal à l’Argentine. Même inclination vers le soleil couchant. Même grandeur perdue. Villes de sentinelles maritimes, de cavaliers. De ces balcons sur la mer, le crépuscule de l’histoire paraît grandiose. "

Chapitres courts, vifs et délicats à la fois, nostalgiques (c'est sans aucun doute la maître-mot de ce roman) et nerveux tout autant, entre fado portugais et tango argentin, ce livre est tout autant une ode à l'amour qu'au voyage. La narration est enchanteresse, franchement poétique, elle incite à la rêverie, respire une forme de tristesse. 

Lisbonne n'est qu'une étape de ce voyage (qui est aussi littéraire, l'auteur cite Pessoa un certain nombre de fois) à la recherche du souvenir.

8 mai 2017

Au fer rouge - Marin LEDUN

Editions J'ai lu
Parution : 6 janvier 2016
506 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Madrid, 11 mars 2004, dix bombes explosent dans des trains de banlieue. Rescapée, le lieutenant Emma Lefebvre œuvre pour que justice soit faite. Dix ans plus tard, une valise contenant le cadavre d'un trafiquant de drogue est découverte sur une plage landaise : l'heure est venue de régler les comptes. Emma s'attaque alors à une véritable organisation mafieuse, avec à sa tête l'officier de police Javier Cruz, seigneur de l'antiterrorisme.
Des rives du fleuve Nervión aux bas-fonds de Bayonne, des banlieues déshéritées madrilènes aux palaces de la côte basque, la corruption n'a pas de frontières.

Ce que j'en ai pensé :

Quand j'ai commencé ce polar, j'ai cru m'être trompée ! Marin Ledun, c'est l'auteur de En douce, que j'ai lu en novembre 2016 et que j'avais beaucoup aimé, et de Luz, lu juste avant en octobre et beaucoup moins aimé ! 

Les premiers chapitres m'embrouillent l'esprit : trop de noms basques ou hispaniques, un type retrouvé dans une valise sur la plage, des magouilles immobilières, un terrain radioactif, des flics pas bien propres, le terrorisme indépendantiste...

J'ai peur de lâcher l'affaire mais j'aime l'écriture, l'énergie qui se dégage du bouquin et je m'accroche...Et j'ai bien fait ! Parce que subitement, je comprends les intérêts des uns et les remords des autres, et les pages défilent sans que je m'en aperçoive !!

On a donc des flics : Kléber le commissaire-divisionnaire et Boyer le procureur qui aiment bien le pognon (et n'ont pas la conscience tranquille), Simon Garnier qui a couvert des trucs pas nets mais voudrait se racheter une conduite, Emma Lefebvre qui enquête comme si son honneur de flic en dépendait, Meyer qui semble ne pas avoir décidé de quelle côté de la barrière se placer..
On a aussi Sanchez dévoué aux basses besognes de Cruz, celui qui tire les ficelles (immobilier et cocaïne) alors qu'il est le patron de l'antiterrorisme, et puis Gaizka qui aimerait bien venger la mort de son père, tué par les radiations dans une usine un peu louche.

C'est du lourd, ça s'enchevêtre parfois, mais c'est bon, c'est intelligent !
C'est franchement addictif et en même temps, ça questionne sur le fonctionnement de l'Etat, sur le "Pas de vagues !" des administrations, sur les conflits d'intérêt (la lutte des etarras, les trafics de drogue, les petites magouilles des politiciens) et la corruption (tous pourris ? - Diablement d'actualité !!)...

A lire !

Merci à Lecteurs.com grâce auxquels j'ai pu lire ce polar dans le cadre des #explorateursdupolar

2 mai 2017

Rural noir - Benoît MINVILLE

Editions Folio Policiers
Parution :  20 avril 2017
320 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Romain est parti du jour au lendemain de la Nièvre, sans une explication. Dix ans plus tard, il revient sur les terres de son enfance et retrouve la bande de toujours : Chris, son frère, rendu amer par son départ soudain après le décès de leurs parents. Vlad, le meilleur ami à la vie à la mort, aujourd’hui lointain, aujourd’hui accaparé par ses affaires. 
Et Julie, qui attend un enfant avec Chris.
À peine Romain a-t-il posé ses valises que Vlad est retrouvé salement amoché dans un champ. Avec le recul des années passées loin, Romain fouille dans leur histoire commune pour tenter de comprendre. Quels bons souvenirs dissimulaient les disputes, quelles rivalités annonçaient les bastons, quelle crise se préparait pour ceux restés sur ces terres.

 
Benoît Minville, né le 28 septembre 1978 à Paris et vivant à Sartrouville, est un libraire et écrivain de roman jeunesse et de roman policier.

Ce que j'en ai pensé :

Quand j'ouvre un nouveau livre et que défilent les premières pages, j'aime bien avoir quelques certitudes, notamment sur la narration et encore plus sur la maîtrise de la langue française (je sais, je vire psychorigide !!). Là, malencontreusement, je tombe sur une "gare de treillage" (page 14)..Sérieusement ???

Sûrement un truc qui n'existe qu'au fond de la campagne morvandelle ! 
Détail ? Certes..

Pourtant, même si je devine des secrets sous l'histoire, que j'ai très envie de découvrir ce que cache Romain, revenu au bercail, je ne suis pas convaincue.
C'est pas mal mais ça n'est pas ça. Je m'étonne que les chapitres intitulés "Passé" utilisent le présent de l'indicatif et que ceux nommés "Présent" emploient le passé simple (effet de style ?) et je cale, sur le langage employé (mélange de locutions des années 90, de termes ruraux - juste pour le côté exotique - et de modernité), je ne suis pas fan. 

Vraisemblablement, ne fait pas du "polar rural" qui veut...L'accent campagnard ne suffit pas à donner des accents de vérité, à tel point que l'intrigue pourrait se tenir dans n'importe quel endroit que ça n'y changerait rien. Ça n'a pas la force d'un Franck Bouysse, ni la saveur des écrits de Sandrine Collette ! A trop vouloir faire authentique-paysan-rural, ça parait par moments trafiqué ou un peu superficiel.

Non pas que ça soit mal écrit, non...mais c'est un peu haché, ça manque un peu de tournure (on est d'accord que les paysans du Morvan sont supposés ne pas s'exprimer selon les standards de l’Académie Française mais là ça donne l'impression que la caricature est exagérée !), et puis comme je m'attache toujours aussi stupidement aux détails, ça m'agace de trouver un vieux en train de regarder la télé alors qu'elle est supposée être éteinte :

"Assis à la table, près d'une télévision éteinte recouverte de poussière elle-aussi, son frère tenait un ballon de rouge. Dans un fauteuil, le patriarche, le vieux Clément, avec une couverture sur les genoux, regardait un vieux poste de télé (...)"

- Miracle de la littérature, la télé s'allume toute seule, en l'espace de 2 lignes !!- (page 184)

Les personnages sont plutôt bons, souvent franchement empathiques (j'ai beaucoup aimé Chris le potier au physique de bûcheron, revenu traumatisé de la guerre) mais certains frôlent la caricature ( y a-t-il vraiment des "punks à chiens" dans le Morvan ???) .

Avis très mitigé, donc.

Ni conquise ni déçue, parce qu'heureusement l'intrigue sauve le reste ! autant j'ai aimé le traitement du parallèle passé/présent, autant j'ai trouvé que ce polar manquait de profondeur, de substance, et qu'il jouait sans doute trop sur le côté revival/cliché. 

Dommage ! Mais c'est un premier roman ! 

1 mai 2017

Lire de Bayonne à Saint Jean de Luz

Balade sur la Côte basque et découverte de librairies (l'excuse !!) avec une première escale à Bayonne, un endroit magique à parcourir pour les lecteurs !

Librairie Gribouille
87, avenue Capitaine Resplandy
(BD)

J'élude volontairement les librairies spécialisées dans la BD et puisque Marie-Claude aimerait que je lui trouve le magazine America, je me concentre sur les librairies indépendantes !

Trois d'entre elles ont retenu mon attention:

Librairie L'alinéa
20, rue d'Espagne 64100 Bayonne

Mais, surtout, une bonne adresse  dans les rues piétonnes du centre-ville où on trouve un très bon choix de livres en poche :

Librairie Hirigoyen
5, rue Port de Castets
64100 Bayonne
(c'est là que j'ai trouvé la revue America pour Marie-Claude! )


Et, parce qu'elle est connue pour tout un tas de raisons mais surtout pour ça :

ses vitrines thématiques, ses petits mots pas piqués des vers au gré des rayons :

Librairie de la Rue en Pente
29, rue de la poissonerie
64100 Bayonne
 
A Saint-Jean-de-Luz, un endroit très agréable :

Librairie Le 5ème Art
26, rue Martin de Sopite
ST JEAN de LUZ

J'y ai croisé Jules-Edouard Moustic (le présentateur de Groland sur C+), très sympa et qui habite Guétary à quelques kilomètres !

Balade non exhaustive ! Il y a sans doute des librairies partout aux alentours..en connaissez-vous d'autres sur la côte basque ?

30 avril 2017

Bilan d'avril 2017

Beaucoup moins de lectures que les mois précédents ! 
Seulement 11 livres (3 992 pages), on est bien loin des 21 romans de mars ou des 18 de février dernier ! Bon, après tout, j'en ai déjà lu 62 depuis début 2017, j'ai le droit de prendre mon temps, y a pas compét' !!

Encore quelques polars au programme, tous plutôt bons, même si je n'ai pas eu envie de finir Memento Mori de Sebastià ALZAMORA qui sera ma déception du mois..


Trois romans se sont distingués même s'ils n'ont pas été des coups de cœur ; j'attendais avec impatience la parution de celui de Jean-Christophe RUFIN et celui de Jessie BURTON et je n'ai pas été déçue :

 
Un seul coup de cœur parmi mes lectures d'avril, un roman captivant que j'aurais plaisir à relire et dont l'histoire me hante encore :




Et vous ? Qu'avez-vous aimé -ou pas du tout- de vos lectures d'avril ?

29 avril 2017

Memento mori - Sebastià ALZAMORA

Editions Actes Sud - Collection Actes Noirs
Parution : mars 2013
Titre original : Crim de sang
Traduction : Serge Mestre
304 pages
Prix Sant Jordi


Ce qu'en dit l'éditeur :

Barcelone, été 1936. Le Front populaire au pouvoir déchaîne la plus grande persécution religieuse qu’ait con nue l’Espagne. Des éléments anarchistes incontrôlés se proposent d’“exfiltrer” discrètement des confréries religieuses, contre rançon.
Dans la cuisine de la pension où ils se sont réfugiés en attendant de pouvoir quitter le pays, des frères maristes trouvent le corps sans vie d’un des leurs ; dans la ruelle avoisinante gît celui d’un enfant. Ils ont été vidés de leur sang, dans un modus operandi qui ressemble fort à celui des vampires.
Le commissaire chargé de l’enquête ne croit pas aux vampires. Et pour tout dire, il n’accorde pas plus de crédit aux religieux qu’aux anarchistes qui les persécutent. Les deux acolytes (un docteur et un juge) qui l’assistent occasionnellement sont, eux, fascinés par la légende du Golem et s’ingénient à créer du vivant à partir de la matière inerte et plus particulièrement de dépouilles humaines. Pendant que ses amis s’exaltent avec leurs macabres automates, le commissaire se rend au couvent des Capucines où le chef des anarchistes a caché un évêque dont il pense pouvoir négocier la vie auprès des fascistes. L’infâme éminence, qui se pense aussi surnaturel que Dieu, y a jeté son dévolu sur une toute jeune novice. Est-ce l’effet de la pureté de son chant ou de son insoutenable puberté ?
Thriller gothique sépulcral, d’une beauté grave et envoûtante, Memento mori décrit un monde au bord du gouffre avec une effroyable douceur.
 
Sebastià Alzamora i Martín, né en 1972, est un écrivain, critique littéraire et directeur culturel mayorquin. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes et de contes, d’essais et de romans, dont certains sont traduits en français comme La Fleur de peau (Métailié, 2007) et Memento mori (Actes noirs, 2013). 
 
Ce que j'en ai pensé :

J'aurais appris une chose en abandonnant ce roman aux 2/3 de ma lecture : les polars gothiques ne sont pas faits pour moi ! 

Impossible d'adhérer à cette drôle d'histoire où sévissent un vampire, un juge qui fabrique un automate de cheval reconstitué à partir de restes humains et un évêque pervers qui aime les toutes jeunes filles, le tout sur fond de bombardements à Barcelone...

Pourtant la narration est remarquable, d'autant qu'elle tranche avec le sujet traité : elle donnerait presque de la douceur et de la poésie à cette farandole macabre mais elle manque sans doute un peu de peps qui m'aurait donné envie de connaître le dénouement.

Un ratage, une lecture très mitigée et j'arrête ma lecture à la page 160 (mais je n'ai peut-être pas trop la tête à lire en ce moment ?).

24 avril 2017

Les filles au lion - Jessie BURTON

Editions Gallimard - Collection du Monde Entier
Parution : 9 mars 2017
Titre original : The muse
Traduction : Jean Esch
496 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

En 1967, cela fait déjà quelques années qu’Odelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Elle travaille dans un magasin de chaussures mais elle s’y ennuie, et rêve de devenir écrivain. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d’art est acceptée ; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire.
Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n’est qu’il appartenait à sa mère. Marjorie Quick, à qui il soumet la mystérieuse toile, a l’air d’en savoir plus qu’elle ne veut bien le dire, ce qui pique la curiosité d’Odelle.
La jeune femme décide de déchiffrer l'énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d’amour et d’ambition enfouie au cœur de l’Andalousie des années trente, alors que la guerre d’Espagne s’apprête à faire rage. 

(autres couvertures)

 Ce que j'en ai pensé :

Après Miniaturiste et sa Hollande sombre et glaciale, Jessie Burton pose sa plume entre Andalousie lumineuse et Londres enfiévrée pour Les filles au lion. On pourrait dire "pose son pinceau" puisque le roman parle d'un mystérieux tableau surgi du passé et tant la prose est fine et délicate, restituant avec soin l'Espagne des années 30 et Londres à la fin des années 1960.

« (...) en tendant l'oreille, vous pouviez entendre les articulations d'un scarabée qui cheminait entre les racines des maïs.
Des collines provenaient la musique sourde des cloches des chèvres, qui venaient étouffer ces bruits plus légers en descendant parmi les éboulis, à travers le voile de chaleur. Les abeilles, assoupies par les grosses têtes plates des fleurs, les voix des fermiers qui s'appelaient, les arpèges des oiseaux qui jaillissaient des arbres. Une journée d'été fait tellement de bruit, quand vous demeurez totalement silencieux. »

L'art est d'une certaine façon le point commun de ces deux romans, mais ce sont surtout les femmes, une nouvelle fois, qui sont à l'honneur. Femmes fortes bien que soumises à l'homme ou aux diktats sociaux : l'héroïne londonienne est une jeune exilée caribéenne qui se rêve écrivain (mais doit avant tout lutter contre la précarité et le racisme) et Olive, la jeune fille peintre, réfugiée en Espagne, cache son talent original derrière une imposture.

«  Qui peignait ainsi ? Une fille de dix-neuf ans dans son pyjama d'internat ? Qui connaissait de telles couleurs, qui pouvait s'emparer du paysage dans lequel elle venait d'arriver et en faire quelque chose de plus beau, de plus fort, plus éclatant que le soleil qui envahissait la pièce ? »

Le roman croise donc deux histoires, deux personnalités, deux destins peu ordinaires et Jessie Burton confirme un immense talent. Certes, le fond est parfois romanesque, mais le livre interroge aussi sur la création artistique, sur les difficultés d'être une femme artiste, sur les préjugés et sans être féministe, sur la position de la femme.

«  J'ai vu ce que le succès fait aux gens, comment il les éloigne de leurs impulsions créatrices, comment il les paralyse. Ils ne peuvent plus faire autre chose que d'horribles répliques de ce qu'ils ont déjà fait, car tout le monde a un avis sur ce qu'ils sont et ce qu'ils devraient être. »

NB : Comme me le fait remarquer Electra, j'ai oublié de préciser : j'ai beaucoup beaucoup aimé ce roman ! Parce qu'il est remarquablement bien écrit (un mélange de simplicité et de profondeur peu communs), parce que j'ai eu l'impression que 'auteur livrait un peu d'elle-même (notamment sur les effets pervers de la célébrité et de la "pression" quand il s'agit de faire une "nouvelle" œuvre quand la première a été un succès fou), parce qu'on y parle des femmes sans le militantisme (que je trouve ridicule) des chiennes-de-garde, parce qu'il y a des personnages forts (j'ai profondément aimé Marjorie Quick), parce qu'il y est aussi question de passions (amoureuses, artistiques, révolutionnaires).

A lire pour comprendre peut-être les mots cachés dans ce roman, le blog de l'auteur :
  http://www.jessieburton.co.uk/blog.html
  

21 avril 2017

Le cimetière des chimères - Elena PIACENTINI

Editions Pocket
Parution : 8 septembre 2016
384 pages



Ce qu'en dit l'éditeur :

Lille, cimetière de l’Est. Alors qu’on enterre l’entrepreneur Franck Bracco, trois coups de feu résonnent dans l’air enneigé. Bilan : un mort – le rédacteur en chef des Échos du Nord– et un blessé – un ponte de l’immobilier. Deux notables. Et deux francs-maçons, probablement.
Pour le commandant Leoni et son équipe de la PJ, c’est le début d’un bras-de-fer avec les puissants de cette ville, décidés à se serrer les coudes… ou, à l’heure où fantômes du passé et chimères ressurgissent des caveaux, à s’entredévorer…

 Ce que j'en ai pensé :

Je n'ai pas su résister à l'appel de ce polar en librairie ! Un opus qui raconte une enquête antérieure à celle que j'ai lu le mois dernier et qui confirme qu'on peut lire cette série dans le désordre sans perdre des éléments..
Retour de Leoni le flic corse affecté à Lille, de sa grand-mère avec laquelle il vit et de l'équipe de collègues tus très attachants. 

Pas commun de commencer un polar par un meurtre lors d'un enterrement ! O entre vite dans cette intrigue qui joue l'humour en imaginant un chat comme seul témoin du crime d'un notable !

L'occasion pour l'auteur  d'évoquer les liens entre franc-maçonnerie, politique et économie de dénoncer quelques malversations au passage.

Le rythme est bon, la narration très agréable et j'ai très envie de trouver les autres enquêtes de Leoni !