28 septembre 2016

Tropique de la violence - Nathacha APPANAH

Editions Gallimard
Parution : 25 août 2016
192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

«Ne t’endors pas, ne te repose pas, ne ferme pas les yeux, ce n’est pas terminé. Ils te cherchent. Tu entends ce bruit, on dirait le roulement des barriques vides, on dirait le tonnerre en janvier mais tu te trompes si tu crois que c’est ça. Écoute mon pays qui gronde, écoute la colère qui rampe et qui rappe jusqu’à nous. Tu entends cette musique, tu sens la braise contre ton visage balafré? Ils viennent pour toi.»

Tropique de la violence est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.





Nathacha Appanah née en 1973 à Mahébourg, île Maurice, est une journaliste et romancière mauricienne. Son premier roman, Les Rochers de Poudre d'Or, sur l'histoire des engagés indiens, lui vaut le prix RFO du Livre 2003. 

Ce que j'en ai pensé :

En 2007, j'ai découvert une écriture poétique et forte, douce et puissante, et j'ai été stupéfiée par la prose incroyable de Nathacha Appanah dans Le dernier frère. Depuis, j'ai tout lu de cet auteur, tout aimé, et encore plus quand elle raconte Maurice, la belle île qui fait rêver et qui possède pourtant son avers...

"Qu'est-ce qu'on sait de nos cœurs et de ces choses de notre enfance qui nous rattrapent par la cheville et nous retournent brusquement ?"


S'il y a toujours de la tendresse et beaucoup de poésie, ses romans n'épargnent aucune "violence", et je place volontiers ce terme entre guillemets parce que dans ce nouvel opus qui porte le presque effrayant titre de "Tropique de la violence", ça n'est pas seulement ça : c'est surtout la vie comme elle vient, avec le bon et le mauvais, le pire et le meilleur. 

"Je me suis demandé si, en réalité, il n'était pas foutu d'avance, ce garçon-là, et, avec lui, tous les garçons et les filles nés comme lui, au mauvais endroit, au mauvais moment."

Dans ce roman qui se déroule dans cette France du bout du monde et qui raconte les migrants,  les abandons d'enfants, les bidonvilles et les "politiques sociales" qui foirent, la drogue et la faim, rien n'est facile, rien n'est tendre.


 "Ils connaissent plein de choses ces gars-là, ils connaissent les chiffres de la misère, ils connaissent les chiffres de la délinquance, ils étudient les graphiques de la violence, ils ont des mots comme culture et loisirs à la bouche mais ils ne comprennent jamais rien, en réalité."

Aucun jugement de la part de l'auteur qui, avec la plus grande finesse, alterne les voix de ce roman polyphonique : celles des enfants (Bruce le caïd de Gaza qui a déjà basculé dans l'enfer, et surtout Moïse le comorien adopté qui ne trouve pas sa place), celle de Marie l'infirmière, d'Olivier le flic ou encore de Stéphane, travailleur social à qui la réalité du terrain fait perdre ses illusions.
 

C'est un uppercut, un regard lucide sur ce qui se passe partout, en Occident ou ailleurs. Ça pourrait être Lesbos ou Lampedusa, mais c'est à Mayotte, en France, et rien n'est fait réellement, pas plus qu'ailleurs, pour ces gamins perdus.

"Mayotte, c'est la France, et ça n'intéresse personne."

J'ai lu ça et là que ce roman était violent, choquant, difficile à lire...C'est tout le contraire : c'est un roman puissant, un roman lumineux, à la prose hypnotique et c'est pour moi, encore une fois, un vrai coup de cœur !

26 septembre 2016

Espagnes - Alain FREUDIGER

Editions La Baconnière
Parution : 19 août 2016
128 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Treize nouvelles sur le thème, plus ou moins apparent, de la rupture et de la recomposition. On s’y immerge, pour la plupart, dans des scènes tirées du quotidien - une entraide au bureau entre collègues, une prise de pouvoir au sein d’une association, les envies d’un adolescent dans un village isolé ou une crise de colère en face d’un immeuble. Des détails symboliques, comiques ou absurdes, de plus en plus présents, malmènent pourtant la réalité. Ces petites histoires, dont témoigne un observateur scrupuleux et attentif, glissent vers des expériences altérées.
Travaillée mais concise, l’écriture révèle des personnages exsapérés, heureux, ennuyés ou encombrés, juste avant un basculement.

Une des nouvelles du recueil, Molly, a reçu en 2012 le Prix « Naples raconte » de la prestigieuse université de traduction, L’Orientale de Naples.

Né à Lausanne en 1977, Alain Freudiger a étudié l’histoire du cinéma. Il est écrivain, critique de cinéma, compositeur de pièces sonores et travaille actuellement comme documentaliste aux archives de la Radio Suisse romande. Après avoir écrit pour la revue « Film », il a collaboré à la revue critique « Décadrages ».

Ce que j'en ai pensé :

Saynètes croquées sur le vif où le fil conducteur, le lien entre ces historiettes disparates (et souvent un peu bizarres) semble être la solitude : celle qui accable un vieil homme seul, celle qui accentue la colère d'un père, celle encore qui rejette ce membre d'une association...

Une humanité un peu à l'abandon, perdue dans sa tristesse et dans des situations parfois cocasses, parfois teintées de nostalgie.
Il y a pourtant dans toutes ces nouvelles une grande tendresse pour ces personnages un peu de guingois, un peu cabossés : j'ai beaucoup aimé Molly et ses illusions déçues, ou encore Flambeaux ; j'ai souri en lisant A la plus belle ;o)

Dommage cependant que l'ensemble soit inégal, je n'ai pas compris le sens de certains récits (je pense à Espagnes qui donne son titre au recueil : l'histoire d'une "construction" soudain rongée par les vers ?) et j'ai trouvé certaines chutes un peu "conceptuelles".


Merci à Babelio et aux éditions La Baconnière pour ce recueil qui se lit avec plaisir !

25 septembre 2016

14 juillet - Eric VUILLARD

Editions Actes Sud
Parution : août 2016
208 pages


Ce qu'en dit l"éditeur :

La prise de la Bastille est l’un des évènements les plus célèbres de tous les temps. On nous récite son histoire telle qu’elle fut écrite par les notables, depuis l’Hôtel de ville, du point de vue de ceux qui n’y étaient pas. 14 Juillet raconte l’histoire de ceux qui y étaient. Un livre ardent et épiphanique, où notre fête nationale retrouve sa grandeur tumultueuse.

Éric Vuillard, né en 1968 à Lyon, est écrivain et cinéaste. Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors, La bataille d'Occident et Congo ainsi que Tristesse de la terre (paru en 2014).

La "folie" Titon d'où commencent les premières émeutes en 1789 
et ce qu'il en reste :

Ce que j'en ai pensé :

Si je n'avais pas lu les avis enthousiastes de Clara et de Keisha, je ne serais sans doute pas allée spontanément vers ce roman...D'autant qu'en ce moment, et après dix jours sans ouvrir un livre, je me sens pour la première fois depuis longtemps assez peu concernée (et enthousiasmée) par la rentrée littéraire...

Pourtant ça aurait été dommage de passer à côté de ce petit bijou romanesque qui redonne vie au petit peuple de Paris, aux "sans dents" qui ont été les premiers à manifester leur ras-le-bol et à déclencher l'immense vague qui a destitué la royauté.

Ça commence presque comme un inventaire à la morgue, des gens de rien alignés au sol, morts dans l'immense ruée qui a fait tomber la Bastille ; cordonnier ou rémouleur, saunier ou prostituée, ils crèvent de faim, et la surenchère de luxe et de dépenses de la cour à Versailles a jeté leurs voisins dans la rue, armés de gourdins et d'armes de pacotille.

Des "gens du caniveau", des silhouettes, de ceux qui ne figurent pas dans les livres d'histoire (d'ailleurs, l'absence de sources et de références permet de penser que ces personnages pourraient être imaginaires alors qu'ils ont, par la magie de la narration, une existence propre, réelle), Eric Vuillard tisse avec intelligence des parallèles avec notre époque (mélangeant expressions contemporaines et vocabulaire plus classique) et 1789.

La conclusion de ce (presque trop) court roman laisse songeur :

"Il faudrait de temps à autre, comme ça sans le prévoir, tout foutre par-dessus bord. Cela soulagerait. On devrait, lorsque le cœur nous soulève, lorsque l'ordre nous envenime, que le désarroi nous suffoque, forcer les portes de nos Elysées dérisoires, là où les derniers liens achèvent de pourrir, et chouraver les maroquins, chatouiller les huissiers, mordre les pieds de chaise, et chercher, la nuit, sous les cuirasses, la nuit comme un souvenir."

Un chouette roman que je recommande !


13 septembre 2016

Homesman - Glendon SWARTHOUT

Editions Gallmeister
Parution : 5 mai 2014
288 pages
Titre original : The homesman
Traduction : Laura Derajinski

Ce qu'en dit l'éditeur :

Au cœur des grandes plaines de l'Ouest, au milieu du XIXe siècle, Mary Bee Cuddy est une ancienne institutrice solitaire qui a appris à cultiver sa terre et à toujours laisser sa porte ouverte. Cette année-là, quatre femmes, brisées par l'hiver impitoyable et les conditions de vie extrêmes sur la Frontière, ont perdu la raison. Aux yeux de la communauté des colons, il n'y a qu'une seule solution : il faut rapatrier les démentes vers l'Est, vers leurs familles et leurs terres d'origine. Mary Bee accepte d'effectuer ce voyage de plusieurs semaines à travers le continent américain. Pour la seconder, Briggs, un bon à rien, voleur de concession voué à la pendaison, devra endosser le rôle de protecteur et l'accompagner dans son périple.
Inoubliable portrait d’une femme hors du commun et de son compagnon taciturne, aventure et quête à rebours, Homesman se dévore de la première à la dernière page.



Glendon Swarthout, né en 1918 dans le Michigan et mort en 1992, est un écrivain américain auteur de western et de roman policier. The Homesman, publié en 1988, vaut à Swarthout un second Spur Award, ainsi que le Wrangler Award du meilleur roman de western 1988 de la Western Heritage Association.


Ce que j'en ai pensé :

Quel incroyable roman ! 
Palpitant de bout en bout,  et tout à la fois empreint de sauvagerie et d'amour, Homesman est un hymne à l'humanité dans ce qu'elle a de plus beau, dans ce qu'elle offre comme possibilités de rédemption et de pardon. 

Dans ce roman qui avait été auparavant traduit sous le titre Le chariot des damnées, c'est tout le mythe grandiose de la conquête de l'Ouest qui s'effondre : la Frontière est une enfer, les grandes plaines du Nebraska ne tiennent pas leurs promesses pour ces migrants. 

Sous les carapaces et derrière des âmes fortes, se cachent bien des faiblesses : de ces femmes devenues folles de tant d'épreuves et qu'il faut éloigner de la communauté, à Cuddy l'institutrice qui sous des dehors costauds a besoin d'amour, ou encore ce drôle de gaillard qu'est Briggs, bien meilleur qu'il ne le laisse deviner.
C'est une fabuleuse galerie de personnages qu'offre l'auteur dans ce roman, des hommes et des femmes aux caractères finement brossés, tous en nuances et parfois en contradictions. 

Si on ajoute une narration (et une traduction !) parfaite, sans temps morts, on tient avec Homesman une sacrée pépite et une histoire inoubliable et touchante.

Film réalisé par Tommy Lee Jones en 2014
avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank et Meryl Streep
(dans lequel il n'y a que 3 folles à convoyer alors qu'elles sont quatre 
dans le roman...le personnage d'Hedda n'apparait pas)

11 septembre 2016

Le saloon des derniers mots doux - Larry McMURTRY

Editions Gallmeister
Parution : 1er octobre 2015
224 pages
Titre original : The Last Kind Words Saloon
Traduction : Laura Derajinski

Ce qu'en dit l'éditeur :


Fin XIXe siècle, Long Grass, presque dans le Kansas mais pas tout à fait. Presque aussi dans le Nouveau-Mexique mais pas tout à fait. Wyatt Earp et Doc Holliday sont, certes, des cow-boys mais plus tout à fait. Ils observent leur monde qui s’échappe : s’ils dégainent, c’est pour rater toutes les cibles, alors ils se tirent dessus avec des balles à blanc pour se donner en spectacle. Le bétail part en cavalcade, les femmes demandent les hommes en mariage et dressent les mustangs, on poursuit des Indiens pour ne pas perdre la main… Dans ce monde à l’envers, les deux amis errent de ville en ville, une enseigne Saloon sous le bras, avec l’espoir de l’accrocher dans un lieu où ce mot aurait encore un sens.
Ce roman décalé qui joue les westerns chante avec tendresse et humour un Grand Ouest sauvage en passe de devenir un décor de carton-pâte.





Larry McMurtry, né le 3 juin 1936 à Wichita Falls au Texas, est un romancier, essayiste et scénariste américain. Comme romancier, il est connu pour sa série Lonesome Dove.





Ce que j'en ai pensé :

Bye bye cowboy ! 

C'est un adieu à un monde révolu que livre l'auteur, un Far West de livre d'histoire, où même Buffalo Bill n'est plus qu'un pantin. Et que dire des personnages esquissés dans ce roman : des ratés, des "desperados" réellement désespérés, saouls les 3/4 du temps, pas fichus de se servir d'un pistolet, pas tendres avec les femmes...des fantoches qui luttent pour un semblant d'honneur. Même le Lord anglais et la pute turque semblent échoués là par hasard, se pliant aux caprices de la situation.

Etrange roman en vérité, où le ton ironique hésite pourtant à rendre les évènements cocasses, flirte avec la tragi-comédie.

Une lecture en demi-teinte qui m'a laissé un goût d'inachevé : intrigue un peu poussive, personnages sans doute trop peu travaillés..Si l'écriture est plaisante et le ton un brin décalé, je n'ai pas été séduite comme je m'y attendais, il m'a manqué un peu de pep's ou des situations encore plus foldingues pour ces héros fatigués dont la légende est sérieusement amochée !