21 novembre 2017

Into the wild - John KRAKAUER

Editions 10/18
Parution : 6 novembre 2008
Traduction : Christian Molinier
288 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Toujours plus loin. Toujours plus seul. Inspiré par ses lectures de Tolstoï et de Thoreau, Christopher McCandless a tout sacrifié à son idéal de pureté et de nature. Après deux années d’errance sur les routes du Sud et de l’Ouest américain, il rencontre son destin (à vingt-quatre ans) au coeur des forêts de l’Alaska. 
Un parcours telle une étoile filante dans la nuit froide du Grand Nord. 

Né en 1954, Jon Krakauer a grandi dans l’Oregon. Journaliste et écrivain, il a publié notamment de nombreux articles dans les plus grands mensuels comme National Geographic et Rolling Stone. Dans Tragédie à l’Everest, il relate les événements tragiques qui se sont produits lors de son ascension de l’Everest en mai 1996.
Into the wild a adapté au cinéma en 2007 par Sean Penn.

 
Ce que j'en ai pensé :

Partir sur la route, en auto-stop, voila ce que souhaite Christopher McCandless, alias Alex Supertramp. Se carapater loin de sa vie étriquée, fuir son milieu familial, renoncer aux biens matériels et à sa véritable identité, traverser les USA sur la route à la manière de Kerouac et communier avec la vie sauvage comme Thoreau, Beaucoup d'idéalisme, envie de s'écarter du monde et au bout du chemin, piégé, mourir dans la solitude.

Etrange récit en vérité, dont je ne saurais dire si j'ai aimé ou pas. Cela vient peut-être du style (mais ça n'est pas un roman et ça se lit plutôt comme une enquête), ou de cette expérience ratée qui aurait pu, qui a failli, être une parenthèse éblouissante. 
 
Je ne me suis finalement assez peu attachée à Chris-Alex, parce que je pense que l'auteur, même s'il bouillonne d'empathie, ne connaît pas grand-chose des motivations et des sentiments de son héros malheureux et que ça brouille sans doute un peu la perception que le lecteur pourrait en avoir. Il m'a semblé que c'était souvent très factuel et qu'il manquait une dimension plus romantique, sans doute impossible à gérer de son point de vue . 
Le fait que l'aventure se termine aussi sinistrement n'aide certainement pas ! 

J'ai finalement beaucoup plus aimé les témoignages des amis de Supertramp, ceux qu'il a rencontrés au détour d'un chemin et qui ont gardé de lui des souvenirs à forger une légende.


J'avais envie de lire, dans la foulée, le témoignage qu'a livré sa sœur Carine, afin de mieux comprendre le personnage, je ne sais pas si c'est une bonne idée. Elle offre sans doute d'autres perspectives sur les motivations de son super-clochard de frère ! Quant au film de Sean Penn, il va falloir que je le voie !

19 novembre 2017

La femme de l'ombre - Arnaldur INDRIDASON

Editions Métailié 
Parution : 5 octobre 2017
Titre original : Petsamo
Traduction : Eric Boury
340 pages 


Ce qu'en dit l'éditeur :

Une jeune femme attend son fiancé à Petsamo, une ville tout au nord de la Finlande. Tous deux doivent rentrer en Islande sur le paquebot Esja pour fuir la guerre qui vient d’éclater dans les pays nordiques, mais le jeune homme n’arrive pas.

Au printemps 1943, dans une Islande occupée par les troupes alliées, la découverte d’un corps rejeté par la mer sème l’émoi à Reykjavík. Au même moment, un jeune homme est victime d’une agression d’une sauvagerie inouïe non loin d’un bar à soldats, et une femme qui fréquente avec assiduité les militaires disparaît brusquement. Les jeunes enquêteurs Flovent et Thorson suivent des pistes contradictoires et dangereuses : officiers corrompus, Gestapo, vulgaires voyous…

Avec une habileté subtile, Indridason met en scène des personnages attachants, tendres ou cruels, des vies bouleversées, des histoires surprenantes dans un pays occupé. Un beau livre captivant.

Ce que j'en ai pensé :

Parfois je tergiverse. Je sais que je vais lire le tout nouvel opus d'un auteur chouchou et je ne me décide pas, peur d'être déçue ou envie de prolonger l'attente ?
Là, à demi en panne d'envies, je me suis jetée sur le tout dernier policier d'Arnaldur Indridason, tome 2 de la "Trilogie des Ombres".

On retrouve Flovent et Thorson, les deux enquêteurs dans une double affaire : un jeune homosexuel est assassiné et un corps d'homme est retrouvé mort sur la plage, vraisemblablement suicidé par noyade.
C'est l'occasion pour l'auteur de nous replonger dans l'Islande occupée par les forces de la coalition et dans le quotidien de ses habitants, obligés de s'accommoder de "la situation". Les troupes alliées sont le prétexte pour évoquer les crimes sexuels et la prostitution des jeunes femmes islandaises, rêvant souvent qu'un militaire les ramène avec lui aux USA pour une vie meilleure qu'en Islande.

Le rythme est lent comme toujours, les personnages suffisamment empathiques (l'écriture si particulière de l'auteur leur donne de l'épaisseur), y compris les "criminels", l'atmosphère est baignée de nostalgie.
Il me tarde de découvrir le tome 3 au printemps prochain !

18 novembre 2017

L'empereur à pied - Charif MAJDALANI

Editions du Seuil - collection Cadre Rouge
Parution : 17 août 2017
400 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Au milieu du XIXe siècle, un homme apparaît avec ses fils dans les montagnes du Liban. Il s’appelle Khanjar Jbeili, mais on le surnommera vite l’Empereur à pied. Il est venu pour fonder un domaine et forger sa propre légende. Sa filiation ne tarde pas à devenir l’une des plus illustres de la région. Mais cette prospérité a un prix. L'Empereur a, de son vivant, imposé une règle à tous ses descendants : un seul par génération sera autorisé à se marier et à avoir des enfants ; ses frères et sœurs, s’il en a, seront simplement appelés à l’assister dans la gestion des biens incalculables et sacrés du clan Jbeili. Serment, ou malédiction ? Du début du XXe siècle à nos jours, les descendants successifs auront à choisir entre libre-arbitre et respect de l’interdit. Ouverts au monde, ils voyageront du Mexique à la Chine, de la France de la Libération aux Balkans de la guerre froide, en passant par Naples, Rome et Venise, pourchassant des chimères, guettés sans cesse par l’ombre de la malédiction ancestrale. Jusqu’à ce que, revenu sur le sol natal, le dernier de la lignée des Jbeili rompe avec le passé et ses interdits, à l’aube du XXIe siècle. Mais à quel prix ?

Jabal Safié

 Ce que j'en ai pensé :

En 2015, Villa des femmes avait été un coup de cœur ! Je me souviens encore parfaitement de l'histoire et de l'ambiance de ce roman ! Autant dire que je démarrais ce nouveau roman avec des a priori très positifs !

Et évidemment, la magie a encore opéré ! Je me suis laissée emporter par cette saga libanaise, racontée du point de vue d'un narrateur omniscient qui, à coups de souvenirs ou de morceaux de légende, reconstitue l'épopée de cette dynastie sous le joug d'une conjuration/malédiction ancienne.

Ce narrateur, tour à tour lézard caché dans un muret, faucon rasant les toits au sommet du Jabal Safié, écoute les récits de ceux qui n'ont pas eu leur part de l’héritage familial et qui ont tenté de vivre ailleurs une aventure plus belle : Açi et Harb, puis Maan, Zeid...

Les cadets de la famille Jbeili, sans doute parce qu'ils savent très tôt que la légende de l'aïeul ne leur laissera rien, sont des rêveurs, des idéalistes, des "conquérants fantoches" qui vont courir le monde et, finalement, amasser un trésor mille fois plus précieux que l'héritage familial. Ils sont, pour chacun, une nouvelle légende dont on parle des rues de Beyrouth aux confins de la Chine, à la poursuite de chimères, d'un tableau disparu ou d'un guerrier mythique.

Par une narration poétique, enveloppante, l'auteur nous amène sur la montagne libanaise, offre une épopée familiale foisonnante et qui livre en creux un superbe regard sur le Liban. 

 Beyrouth

"Il n'y a rien de sûr dans aucune de ces histoires, ni dans aucune histoire.On bâtit nos vies et nos destins sur des socles fragiles, faits de blocs de réel maçonnés avec l'argile des légendes, retravaillés à partir d'arrangements avec la réalité."

16 novembre 2017

Le coeur battant de nos mères - Britt BENNETT

Editions Autrement
Parution : 30 août 2017
Titre original : Mothers
Traduction : Jean Esch
340 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Nadia a 17 ans et la vie devant elle. Mais quand elle perd sa mère et avorte en cachette, tout change. Elle choisit alors de quitter la communauté noire et religieuse qui l’a vue grandir. Boursière dans une grande université, Nadia fréquente l’élite. Elle a laissé derrière elle Luke, son ancien amant aux rêves brisés, et Aubrey, sa meilleure amie. Durant une décennie marquée des affres de la vie, les trajectoires des trois jeunes gens vont se croiser puis diverger, tendues à l’extrême par le poids du secret.

Dans la lignée d’Elena Ferrante et de Chimamanda Ngozi Adichie, Brit Bennett donne voix à des héros en quête d’ac¬complissement et nous offre un roman lumineux, inoubliable.

Brit Bennett, 27 ans, est diplômée de littérature à Stanford. Son premier roman, Le Coeur battant de nos mères, est devenu un best-seller acclamé par la critique. Finaliste de nombreux prix littéraires, Brit Bennett compte désormais parmi les cinq meilleurs jeunes auteurs américains du National Book Award. Le Coeur battant de nos mères sera adapté au cinéma par la Warner.

Ce que j'en ai pensé :

Ces mères qui donnent leur nom au roman, ce sont celles qui forment une sorte de chœur féminin à l'antique, narratrices d'une tragédie qui marque les esprits de ce coin de Californie où s'observent les membres d'une communauté religieuse noire, prompts à s'espionner, à médire et à juger.

Le roman, servi par une narration fluide, dessine l'histoire d'un trio amoureux où l'amour autant que l'amitié servent de toile de fond à une analyse des relations humaines.

Il y est question d'avortement (c'est le fil rouge), d'inceste, de suicide, d'homosexualité, de religion, de féminisme (un peu, je pensais d'ailleurs que cet ouvrage s'inscrivait de façon plus nette dans cet esprit, ce n'est pas exactement le cas) mais aussi d'absence (celle des mères, qu'elles soient mortes ou dépourvues de sentiments), de trahison, de culpabilité, de renoncements et de raison (quelles décisions prendre quand toute une communauté vous épie et vous blâme pour votre comportement ?).

Tous les sujets sont pourtant traités de manière un peu superficielle et cela nuit à la qualité de ce roman qui évite qui évite de justesse l'écueil de trop de sentimentalisme ou de mièvrerie. Un peu plus de profondeur aurait été bienvenue, un roman qui se lit facilement mais qui ne marque pas.


14 novembre 2017

En sacrifice à Moloch - Asa LARSSON

Editions Albin Michel
Parution : 1er septembre 2017
Titre original : Till offer at Molok
Traduction : Caroline Berg
448 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Au terme d'une traque impitoyable dans les forêts de Lainio, en Laponie suédoise, un ours féroce est abattu. Dans sa panse : les restes d'un homme...
Cette macabre découverte est suivie quelques mois plus tard par l'assassinat d'une femme à coups de fourche. Chargée de l'enquête, la procureure Rebecka Martinsson ne tarde pas à recouper ces faits a priori sans rapport : les deux victimes avaient un lien de parenté ; ils étaient père et fille. Mais ils ne sont ni les premiers ni les derniers à disparaître, comme si une étrange malédiction frappait leur famille...
Après le succès de Tant que dure ta colère, Asa Larsson, star du polar scandinave, part sur les traces d'un terrible et lointain secret, dans les paysages crépusculaires et inquiétants du Grand Nord suédois. 


Ce que j'en ai pensé :

Si vous sacrifiez vos enfants à Moloch, il vous assurera la prospérité et la richesse. La plupart des crimes de sang ne sont-ils d'ailleurs pas motivés par la cupidité ? 

Est-ce qu'en Laponie les choses devraient être différentes sous prétexte qu'il fait très froid, qu'il neige, que certains flics ont un ego surdimensionné, qu'une magistrate traîne des séquelles psy ?
En entremêlant sur près d'un siècle, les événements qui déciment une famille (d'Elina l'institutrice assassinée dans son école à Sol-Britt tuée sauvagement à coup de fourche), on cherche dans la généalogie ce qui a pu provoquer cette malédiction ! 

Rebecka, vite débarquée officiellement de l'affaire, ne s'en laisse pas compter et on suit avec plaisir son enquête parallèle, tout en découvrant son soudain penchant pour Krister, le policier au visage abîmé.
C'est un polar bien mené, au rythme nordique (n'attendez pas 3000 rebondissements par chapitre), qui évoque nombre d'aspects culturels et historiques de la Suède (sa neutralité dans les combats mondiaux du XXème siècle, le paternalisme industriel, la haute société),  qui raconte la neige, les ours, le sauna et la cueillette des baies, l'alcool frelaté et la viande séchée de renne.

J'ai aimé ces personnages, Marcus l'enfant traumatisé, Rebecka au passé douloureux, Mella la mère-épouse dépassée par son quotidien, le légiste presque mort de ce cancer qui le ronge, et Krister touchant, humain, amoureux, malgré ses blessures). Sans trop s'appesantir sur leur psyché, l'auteur les rend attachants, vivants et donne à leur histoire personnelle presque autant d'importance qu'à l'intrigue criminelle.

Je ne connaissais pas cet auteur, c'est une très agréable surprise, et je vais m'intéresser de près au reste de sa bibliographie (d'autant que j'aimerais bien en savoir un peu plus sur ce qui se trame entre Rebecka et Krister !)

12 novembre 2017

De l'ardeur - Justine AUGIER

Editions Actes Sud 
Parution : 6 septembre 2017
320 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Avocate, militante des droits de l’homme, fi gure de la dissidence syrienne, Razan Zaitouneh s’appliquait à documenter les crimes commis dans son pays par le régime mais aussi par les groupes intégristes, à recueillir la parole de ceux qui avaient survécu à la torture et à l’enfermement – quand, en décembre 2013, elle fut enlevée avec trois de ses compagnons de lutte. Depuis lors, on est sans nouvelles. De l’ardeur reconstitue son portrait, recompose le puzzle éclaté de la révolution en Syrie, et du crime permanent˛ qu’est devenu ce pays.

En découvrant son combat et son sort, Justine Augier, qui a elle-même mis à distance ses premiers élans humanitaires, est saisie par la résonance que cet engagement aussi total qu’épris de nuances trouve dans ses propres questionnements. Récit d’une enquête et d’une obsession intime, partage d’un vertige, son livre est le lieu de cette rencontre, dans la brûlure de l’absence de Razan. 

Plongée dans l’histoire au présent, De l’ardeur nous donne un accès précieux à cette réalité insaisissable dans son assassine absurdité, et si violemment parallèle à notre confort occidental peu à peu menacé. Et ce, dans un respect absolu de la dignité du langage, dans la lucidité d’une impuissance certaine et néanmoins étrangère à toute reddition.
 

Justine Augier, née en 1978 à Paris, est une femme de lettres française, elle a travaillé dans l'humanitaire et notamment en Afghanistan. Après avoir passé cinq ans à Jérusalem, elle vit aujourd'hui à New York.

Ce que j'en ai pensé : 

Depuis 2013, Razan a disparu. Probablement kidnappée. Peut-être morte...

Parce qu'elle a osé s'ériger contre le totalitarisme de l'état syrien qui opprimait les libertés, parce qu'elle est (je ne me résous pas à utiliser le passé) la femme qui s'oppose, qui prend la place que le régime de Bachar El-Assad ne veut pas lui donner, celle qui éveille les consciences, combat la dictature et l'abus au nom des droits de l'homme, qui se range du côté du faible. Parce que c'est une femme et qu'elle est blonde, non voilée, et qu'elle parle.  


Ô combien les combats féministes m'épuisent souvent, parce qu'ils me laissent l'impression de se tromper de cible !

Mais comme je comprends celui-ci ! et la fascination qu'a pu exercer Razan sur l'auteur, la subjuguer, à lui donner envie de la "maintenir" en vie  au travers de ces pages fortes, parfois dures, qui déroulent les engagements d'une jeune femme hors du commun !

J'ai aimé, j'ai été fascinée. A la fois par ce destin hors du commun, ce combat sans relâche, et par l'écriture de Justine Augier, par ces mots souvent simples mais qui résonnent de tant d'humanité et de sincérité, au travers d'un portrait de ce régime syrien honni, des conflits contre l'obscurantisme, contre la soumission. 

Un portrait tout en nuances d'une volontaire pour le bonheur et la liberté.
Un livre indispensable pour se rappeler qu'il faut parfois de petites révoltes pour faire de grandes révolutions !

9 novembre 2017

Ils ont voulu nous civiliser - Marin LEDUN

Editions Flammarion - Collection Ombres Noires
Parution : 11 octobre 2017
240 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Thomas Ferrer n’est pas un truand. Pas vraiment. Les petits trafics lui permettent de sortir la tête de l’eau, même si la vie n’a pas été tendre avec lui. De petits larcins en détournements de ferraille, le voilà face à face avec un truand, un vrai cette fois. Celui-ci, laissé pour mort par Ferrer, embarque deux frères assoiffés de vengeance à la poursuite de son agresseur. La traque sera sans pitié, alors qu’une puissante tempête s’abat sur la région.

Une histoire envoûtante où les éléments se déchaînent en même temps que les passions, au service d’une profonde humanité.

Ce que j'en ai pensé :

Janvier 2009. Dehors, la tempête Klaus se prépare, commence à hurler, à déraciner les pins de ce coin des Landes.
Il y a Ferrer, le truand à la petite semaine , voleur de canards et de poulets ; il y a Baxter, le "surfeur" épaulé par "les frères" dans toutes les combines, et il y a "l'Alezan", 80 ans, ancien de l'Algérie, aigri, bûcheron abruti, et un paquet de pognon.

Noir c'est noir. 
Mais ça bouge ! Aucun temps mort dans cette course-poursuite qui pourrait être un presque huis-clos entre ces types qui cherchent à se venger et qui sont bien décider à ne pas transiger.
Des personnages au cordeau, chacun ses failles et aucun jugement de valeur de la part de l'auteur qui nous les présentent, tous cabossés par quelque chose (un passé difficile ou une absence d'avenir, un présent bancal qui recuit haine et douleurs), mais tous tellement humains !

Ça se lit aussi vite que les pins tombent sous l'assaut de la tempête ou que les balles fusent et on regrette d'être déjà à la dernière page parce qu'on aurait bien volontiers voulu en savoir un peu plus sur "l'Alezan" (sacré personnage !) et qu'on apercevait peut-être le début d'une rédemption pour Thomas Ferrer.


"Ferrer mesura sa vanité. Il se dit que quelqu'un, celui qui présidait à cette tempête de tous les diables, là-haut ou en enfer, devait bien se marrer en l'observant, humilié de la sorte, rabaissé au rang de bête luttant pour sa survie. Voilà. Fin de l'histoire pour une poignée de billets de banque."

7 novembre 2017

Dans les forêts de Sibérie - Sylvain TESSON

Editions Folio
Parution : 26 avril 2013
304 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

«Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché de vivre dans la lenteur et la simplicité.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à l'existence.
Et si la liberté consistait à posséder le temps?
Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.»

Sylvain Tesson né en 1972. Aventurier et écrivain, membre de la Société des explorateurs français, il s’est fait connaître avec un remarquable récit de voyage, L’axe du loup : De la Sibérie à l’Inde, sur les pas des évadés du Goulag. Son premier recueil de nouvelles, Une vie à coucher dehors s’inspirant de ses nombreux voyages, reportages et documentaires, a reçu le Goncourt de la nouvelle 2009. 

Ce que j'en ai pensé :

Donnez-moi une cabane au milieu de nulle part, de quoi survivre 6 mois sans crever de faim, du whisky (je n'aime pas la vodka !) et je file illico loin de l'adolescence de mon fils, à la découverte d'espaces vierges de toute violence et de toute médiocrité !

Je devais avoir besoin-envie d'une respiration quand j'ai entamé ce récit. J'ai connu (un peu) l'URSS -avant la chute du mur, la Perestroika- mais je n'avais jamais lu Sylvain Tesson.

J'ai commencé par être fascinée par cette aventure que j'aurais aimé vivre (je crois devenir misanthrope et une cabane loin de tout, du moment qu'elle n'est pas envahie par les rongeurs est un asile pour mes envies de solitude), par le côté nature writing, par les réflexions de l'auteur, politisées certes, sur la solitude, le temps qui passe, sur l'hyper-consommation, sur l'écologie (laisser le moins d'empreinte possible), sur le plaisir simple.
Et puis, j'ai trouvé ça un peu long, un peu trop truffé de références littéraires parfois même si elles étaient intéressantes.

Un peu comme si l'auteur était un chouïa "prétentieux", comme s'il faisait la leçon, comme s'il fallait absolument se chercher un prétexte intellectuel pour s’isoler du monde.
 Il y a au milieu de quelques longueurs, certaines belles fulgurances, des phrases qui emmènent loin, qui recentrent...

 Mais, je n'ai pas envie de porter un "jugement" littéraire sur ce que je considère comme une aventure humaine, une expérience hors du commun, pour laquelle l'auteur nous offre son ressenti, son regard et que je n'aurais sans doute pas eu le courage de vivre moi-même ! 

Donc, bravo pour ce journal peu ordinaire, pour le partage, pour les envies et les réflexions qu'il entraîne !
Je le garde "au chaud", à relire encore

6 novembre 2017

Le jour d'avant - Sorj CHALANDON

Editions Grasset
Parution : 16 août 2017
336 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

«  Venge-nous de la mine  », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

cérémonie en l'honneur des morts de la fosse 3-3 bis dite Saint-Amé le 27/12/1974

Ce que j'en ai pensé :


Sorj Chalandon, chaque fois que je lis, je m'interroge ! Comment cet écrivain fait-il pour me retourner le coeur ? Cette fois, j'y allais un peu à reculons, pas trop envie de me frotter à cette histoire de mineurs sans pouvoir me l'expliquer. Et puis...

Je me suis laissée entraîner par cette histoire où un gamin, par amour pour son frère, décide de le venger en tuant le contremaître qui n'a pas assuré la sécurité des hommes qu'il envoyait au fond du puits de mine. 

42 morts +1.

Sauf que...

Sorj Chalandon offre un rebondissement étonnant à ce récit, plonge le lecteur dans le doute et la perplexité, rebat les cartes de son poker-menteur ! Et en profite pour interroger sur la responsabilité, sur le remords, la justice, la vérité et nos petits arrangements de conscience, offrant un personnage extraordinairement complexe.

Une parfaite réussite, une lecture en apnée (et j'avoue, quelques larmes...)

"Tu sais quoi ? disait mon père. Tu n'iras pas au charbon,tu iras au chagrin."

5 novembre 2017

Yaak Vallay, Montana - Smith HENDERSON

Editions 10/18
Parution : 7 septembre 2017
Titre original : Fourth of July Creek
Traduction : Nathalie Perrony
648 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

La première fois qu’il l’a vu, Pete a cru rêver. Des gosses paumés, il en croise constamment dans son job d’assistant social. Mais, tout de même, un enfant en pleine forêt, méfiant, en guenilles, l’air affamé… Pete s’accroche, laisse de la nourriture et finit par gagner la confiance du petit. Suffisamment pour découvrir que le garçon n’est pas seul. Il vit avec son père, Jeremiah, un fondamentaliste chrétien qui fuit la civilisation pour se préparer à l’Apocalypse. Petit à petit, entre Pete et Jeremiah s’installe une relation étrange, tous deux aux prises avec des démons qu’ils ne pourront plus faire taire très longtemps…

Né en 1974 dans le Montana (USA), Smith Henderson a grandi au sein d'une famille de cow-boys et de fermiers à Missoula, Montana. Après des études de lettres classiques, il devient éducateur spécialisé puis se dirige vers la publicité. Yaak Valley, Montana, son premier livre, a reçu le John Creasy (New Blood) Dagger Award et le Montana Book Award.



 Ce que j'en ai pensé :

Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur le rêve américain, des dollars pleins les poches ! Même lorsque Reagan bat Jimmy Carter, à Tenmile, le pire est toujours certain ! Et ça n'est pas Pete, assistant social qui dira le contraire, d'autant que lui aussi en tient une bonne couche : il trimballe un frangin qui a cogné son contrôleur judiciaire, sa future-ex-femme se drogue et picole, et sa fille Rachel-Rose a pris la tangente pour finir pute !

Pas de quoi pavoiser ni donner des leçons à Cecil, violenté par sa propre mère, ni à Jeremiah Pearl qui survit en mode ermite avec son fils Ben (survivant d'une fratrie décimé).

Rien n'est simple dans cette Amérique des années 1980, ni survivre quand on n'a rien 'ni famille ni fric ni espoir) ni croire qu'on peut aider les autres, supposèment moins bien lotis, à survivre. C'est moche le rêve américain quand on est dans la mouise ! 

L'auteur livre un portrait sans concessions d'un pays qui laisse ses pauvres à la marge, et qui montre déjà les limites d'un système qui n'a eu de cesse, depuis lors, de péricliter et où, un mauvais trip de coke vaut toujours mieux qu'une remise en question assortie d'un bout de pain rassis, et où, il est presque mieux venu de parier sur la théorie du complot que de regarder ses propres échecs.

J'ajoute que pour un premier roman, l'auteur joue déjà dans la cour des grands ! A peine quelques longueurs (mais sur presque 650 pages, format poche, on ne va pas chipoter !) et tant de choses à dire ! 

Incroyable roman !

3 novembre 2017

Casco Bay + Dark Tiger - William G. TAPPLY

Editions Gallmeister -Collection Totem
Parution : 6 février 2014
Titre ; Grey Ghost
Traduction : François Happe
320 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Sept ans après le mystérieux accident qui avait effacé sa mémoire, Stoney Calhoun a repris sa paisible existence de guide de pêche, partagée entre la boutique de la belle Kate Balaban et sa cabane isolée dans les bois du Maine. Jusqu'au jour où, sur une île inhabitée de Casco Bay, il découvre un cadavre carbonisé. Peu de temps après, le client qui l'accompagnait est assassiné. Malgré ses réticences, Calhoun est entraîné dans l'enquête du shérif Dickman et ses vieux réflexes reviennent.

Casco Bay, la deuxième aventure de Stoney Calhoun, nous amène une nouvelle fois dans les paysages marins du Maine qui laissent peu à peu resurgir les fantômes d’un passé menaçant.

Editions Gallmeister -Collection Totem
Parution : 29 janvier 2016
Traduction : François Happe
288 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Sept ans après le mystérieux accident qui a effacé sa mémoire, Stoney Calhoun a repris sa paisible existence de guide de pêche, partagée entre la boutique de la belle Kate Balaban et sa cabane perdue dans les bois. Mais l’Homme au Costume, qui vient régulièrement s’assurer qu’il n’a pas retrouvé ses souvenirs, le contraint à enquêter sur le meurtre d’un agent gouvernemental dans le nord de l’État. Calhoun devient alors guide de pêche à Loon Lake, un luxueux lodge situé en plein cœur des espaces sauvages du Maine.


Ce que j'en ai pensé :

Évidemment, une fois qu'on est accro à Stoney... Que peut-on faire ? A part enchainer les tomes de cette histoire qui s'arrête un peu trop tôt, sans révéler tout ce qu'on voudrait savoir..

Pour ces deux tomes, je n'ai pas deviné si tôt qui était le coupable, et j'ai retrouvé le même plaisir qu'au premier tome, avec des intrigues policières qui m'ont paru plus élaborées, plus fouillées (avec un poil plus de cadavres !), et un peu moins de nature writing... 

Pourtant, soyons honnêtes, le manque de rythme et de rebondissements se fait plus sentir dans les deux derniers opus, peut-être parce que la nature est moins présente, ou peut-être parce que l'auteur met plus de temps à installer l'intrigue.

Le personnage de Stoney commence à perdre le flou de ses contours, quelques souvenirs se faisant plus présents. La galerie de personnages secondaires s'étoffe (Dickman le shérif, Adrian embauché au magasin..) et évite sans doue un peu la lassitude face au trio Stoney-Ralph-Kate.

 Une bonne série de polars et le regret, évidemment, qu'elle s'achève aussi tôt.

1 novembre 2017

Bilan d'octobre 2017

Je vous l'accorde, il n'y a pas eu de bilan en septembre ! Je me débats toujours avec ce logiciel qui m'aidait à créer des mosaïques et ça a eu raison de ma patience et de mon envie !

En octobre, j'ai lu 14 livres (4 125 pages) dont 1 BD, 5 polars, et 8 romans, une majorité d'auteurs étrangers (essentiellement américains) avec de belles découvertes (William G. TAPPLY  ou encore Leonor de RECONDO).

A noter, mes 2 coups de cœur :




Trois déceptions pour des raisons différentes :

Jim HARRISON, Dernières nouvelles, éditions Flammarion (j'ai eu le sentiment d'une arnaque littéraire, comme s'il fallait encore exploiter le filon "Big Jim")
Brigitte GIRAUD, Un loup pour l'homme, éditions Flammarion (J'en attendais plus et il m'a manqué un "twist")


Certains billets n'ont pas encore été publiés, à suivre !
Et vous, votre bilan d'octobre ? des coups de cœur, de belles découvertes ?

31 octobre 2017

Courir au clair de lune avec un chien volé - Callan WINK

Editions Albin Michel - Collection Terres d'Amérique
Parution : 20 septembre 2017
Titre original : Dog run moon
Traduction : Michel Lederer
290 pages

 Ce qu'en dit l'éditeur :

Sous une lune gibbeuse, un jeune homme nu traverse la nuit en courant aux côtés d’un chien galeux. À leurs trousses : Montana Bob et Charlie Chaplin, deux lascars prêts à tout pour récupérer l’animal et se venger du voleur.
Cette nouvelle, qui ouvre le recueil de Callan Wink, donne le ton : une énergie et une originalité qui saisissent le lecteur dès les premières lignes. Dans les grands espaces du Montana, tous ses personnages sont tiraillés entre le poids des responsabilités et les charmes de la liberté. Ainsi, un homme marié entretient une liaison hors du commun avec une Indienne Crow alors que sa femme lutte contre un cancer. Et un adolescent, pris dans la guerre intime que se livrent ses parents, se transforme en exterminateur de chats…

Saluées par Jim Harrison et Thomas McGuane, les deux maîtres des lettres de l’Ouest américain, les nouvelles de Callan Wink, vibrantes d’intelligence et d’humanité, marquent l’arrivée tonitruante d’un jeune écrivain qui n’a pas fini de nous surprendre.

Né dans le Michigan en 1984, Callan Wink vit aujourd'hui à Livingston, dans le Montana, où il est guide de pêche à la mouche. Il a fait sensation en 2011 en étant le plus jeune auteur à publier une nouvelle dans le New Yorker. D'autres textes y ont été publiés par la suite, ainsi que dans la revue britannique Granta et dans plusieurs anthologies. 

Ce que j'en ai pensé :

N'attendez pas de ces nouvelles les traditionnelles chutes qui auraient pu les clôturer...Ici, souvent, elles se concluent, comme ça, l'air de rien, comme laissant flotter un souvenir derrière elles. Elles n'offrent pas de "morale", pas de bouleversements, et chaque fois, j'ai regretté qu'elles ne soient pas le début d'un roman.

Ça renforce la sensation d'avoir rencontrer des gens presque ordinaires, aux vies émaillées de petits soucis mais surtout baignées d'amour d'une façon ou d'une autre, de beaucoup de tendresse. Même pour cet ado qui coupe les queues des chats...

J'ai beaucoup aimé les personnages, de Terry l'ado en prison à Lauren l'héroïne de la dernière nouvelle ("Regarder en arrière"), il y a beaucoup d'humanité en chacun d'eux, y compris dans leurs bizarreries (Sid, celui qui court nu sous la lune !). 
Malgré leurs blessures, leurs déceptions, leurs dérapages ou leurs frustrations,  il y a beaucoup de douceur et de lumière entre ces lignes. ce sont tous des cabossés, des déçus de la vie, des gens qui parfois ont encore un brin d'espoir en quelque chose qu'ils ne déterminent pas. 
Pas de violence, pas de misère exacerbée, pas de pathos, mais simplement des vies entre deux eaux, entre renoncement et entêtement.

La très belle plume de l'auteur ne gâche rien, la prose est directe, maintient le plaisir de pages en pages et j'aimerais beaucoup que Callan Wink nous offre un roman avec tous ces atouts !