17 juillet 2017

Un souffle, une ombre - Christian CARAYON

Editions Pocket
Parution : 8 juin 2017
544 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Département du Tarn, le 24 août 1980, jour de la fête annuelle de la base nautique, peu avant 10 heures. Le moment exact où la vie a basculé…

Justine a demandé à ses parents l’autorisation de passer la nuit avec sa cousine et deux copains sur un îlot au centre du lac. Une récompense pour le bon travail fourni toute l’année. Promis, ils seraient de retour le lendemain. Le dimanche matin, les adolescents se font attendre. L’un des parents, de rage, parcourt la distance à la nage. Il découvre alors l’étendue du massacre : les corps meurtris, outragés, dénudés. Les familles des victimes, des accusés, la région, vont connaître le chaos et le déclin.

Trente-quatre ans après le drame, l’occasion de dépasser ce traumatisme collectif s’offre à Marc-Édouard. Reprendre l’enquête, faire parler le passé pour peut-être le surmonter.


Christian Carayon, agrégé d’histoire et professeur en lycée, vit dans la Sarthe. Véritable cinéphile, il est également féru d’écriture depuis son enfance. Il signe son premier roman avec Le Diable sur les épaules (Les Nouveaux Auteurs, 2012), un thriller historique se déroulant dans le Tarn, finaliste du prix du jury du Polar historique de la revue Ça m’intéresse-Histoire

Ce que j'en ai pensé :

J'avoue que je me suis demandée si je faisais bien de choisir ce polar sur les rayons de la librairie, j'ai eu quelques déceptions avec quelques auteurs locaux qui font du polar "régional"...mais dès les premières pages, j'ai su que j'avais eu raison de me laisser tenter !

L'auteur manie fort bien le verbe et la forme et l'histoire est devenue hypnotique dès le début, faisant de ce polar un roman fort où l'atmosphère, l'ambiance ont une place prépondérante.
  
Un prof d'histoire contemporaine (vaguement mis à l'écart après avoir écrit sur l'homosexualité des soldats de la Grande Guerre), divorcé, des soucis à la fac -manque de motivation et histoire un peu sordide avec une étudiante, une déprime qui traîne et un passé douloureux : jeune collégien, il a côtoyé d'autres mômes qu'on a fini par retrouver trucidés sur un ilot pendant les vacances d'été.
L'ambiance devient vite oppressante : le seul moyen pour le narrateur de reprendre le contrôle de sa vie semble être de retracer ce qui s'est déroulé lors de ce sordide épisode qui a endeuillé la ville et accéléré son déclin. 
Sa rencontre avec un journaliste alcoolique lui fait reprendre l'enquête. Et pour le narrateur, elle va être minutieuse, d'autant plus qu'il a une parfaite connaissance des lieux...

Bonne (excellente !) surprise : ça faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un polar sans deviner (trop) rapidement l'identité de l'assassin ! Ici, j'ai soupçonné tout le monde (y compris le narrateur !) et j'ai été cueillie en beauté dans les derniers chapitres ! Bien vu !!

15 juillet 2017

La nuit n'est jamais complète - Niclo TAKIAN

Editions Pocket
Parution : 13 avril 2017
256 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

La route à perte de vue au milieu d’un désert de rocaille. Arielle et Jimmy parcourent le bitume au volant de leur vieille Ford. Mais quand le père et la fille tombent sur un barrage de police et sont obligés de passer la nuit sur place, tout dérape… Ils se réveillent seuls, abandonnés, naufragés de l’asphalte. À quelques kilomètres de là, deux immenses tours métalliques se dressent, cadavres rongés par la rouille et le temps. Quelques maisons en tôle froissée se serrent pour se protéger du vent. Cette ancienne mine sera leur refuge. Ou leur pire cauchemar…
Mais ce voyage au cœur des ténèbres est-il vraiment un hasard ?

 Niko Tackian est né à Paris en 1973. Il est scénariste, réalisateur et écrivain, auteur de bande dessinée. En 2015, il publie son premier roman Quelque part avant l’enfer, suivi de La nuit n’est jamais complète (2016),

Ce que j'en ai pensé :

Un polar très visuel, cinématographique où les images fortes frappent le lecteurs : le désert à perte de vue, un site minier à l'abandon, des os d'enfants par centaines, un monstre qui rôde...

Voila de quoi se laisser emporter dans une contrée angoissante, où le fantastique flirte avec les codes du polar (flic pourri, personnages troubles, morts violentes) et où l'atmosphère devient pesante à mesure que les pages se tournent..

Quant à la fin, étonnante, elle donne tout son sens à cette histoire tragique !
Sans compter que le style est à la fois fluide et direct, les mots portent et les chapitres courts donnent un rythme encore plus effréné à ce thriller, accentuant la tension.

Une chouette découverte !

11 juillet 2017

Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018

Comme en 2013-2014, j'ai été sélectionnée pour être jurée du Grand Prix des Lectrices du magazine ELLE et quand le téléphone a sonné alors que j'étais en vacances à Lisbonne, j'ai sauté de joie !!
Une expérience qu'il me tardait de renouveler depuis 3 ans et la perspective réjouissante de découvrir des livres , dans la catégorie "document", que je n'aurais peut-être pas ouverts autrement...

La sélection pour mon jury (septembre) est enthousiasmante pour la plupart des ouvrages reçus :-)

Du côté des romans :
Jean-Baptiste ANDREA, Ma reine, Editions de l'Iconoclaste
Monica SABOLO, Summer, Editions JC Lattès (j'appréhende...je n'ai pas aimé le précédent et ça n'avait pas fait plaisir à l'auteur qui avait été assez "énervée" sur mon compte IG...)
Marie DARRIEUSSECQ, Notre vie dans les forêts, Editions P.O.L (jamais lue, et il s'agit d'une dystopie, genre littéraire inconnu pour moi ou presque)

Du côté des polars :
Zygmunt MILOZEWSKI, Inavouable, Editions Fleuve noir (son premier roman, Les impliqués, faisait partie des lectures du Prix 2014, et je n'avais pas trop aimé...)
Peter FARRIS, Le Diable en personne, Editions Gallmeister

Du côté des documents :

Joyce MAYNARD, Un jour, tu raconteras cette histoire, Editions Philippe Rey
Maureen DEMIDOFF, La tête et le cou, Editions des Syrtes

Je publierai mes avis après le 9 août, date à laquelle les billets auront été envoyées au magazine Elle, avec les notes attribuées !

Y en-a-t-il qui vous font envie dans cette sélection ?

4 juillet 2017

Le bel avenir - Robin KIRMAN


Editions Albin Michel
Parution : 1er février 2017
Titre original : Bradstreet Gate
Traduction :Marina Boraso
432 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Ils étaient jeunes et promis à un bel avenir. C’était avant que l’une de leurs camarades, étudiante comme eux dans une prestigieuse université américaine, ne soit assassinée sur le campus. Cette tragédie, et le scandale médiatique qu’elle a provoqué, hante toujours Georgia, Charlie et Alice. D’autant que les soupçons  visant l’un de leurs professeurs, un homme charismatique et brillant, ne se sont jamais vérifiés.

Confrontés aux défis de l’âge adulte et cherchant une explication aux mystères qui entourent ce meurtre, ils découvrent peu à peu que leur amitié est faite de secrets et de mensonges.

Un premier roman magistral, comparé au premier grand succès de Donna Tartt, Le Maître des illusions.

Ce que j'en ai pensé :

Jeunes et pleins de promesses, Georgia, Alice et Charlie entament une scolarité à Harvard : de milieux très différents, ils espèrent tous profiter de ces quelques années de facultés pour profiter de la vie/se faire un nom/échapper à un destin familial.

Leur prof de droit, Rufus Storrow est un modèle/un amant/un ennemi...
Tout bascule lorsqu'une étudiante anglo-indienne, Julia Patel, vertueuse, sérieuse est retrouvée assassinée. 

Qui est le meurtrier ?

Storrow qui, plus sanguin qu'il ne le parait, a eu quelques paroles malvenues sur la colonisation de l'Inde ?
Georgia, en apparence si libre et si détachée ?
Charlie, issu d'ue famille modeste mais qui a de randes ambitions ?
Ou Alice, déracinée, vaguement psychotique, jalouse  de tous et qui atterrit en hôpital psy suite à des violences à l'encontre d'une autre jeune fille ?

Le rythme est lent...parfois trop ! Et si on ne se perd pas dans cette narration entre passé et présent, l'intrigue a du mal à décoller : le relationnel entre les étudiants prend souvent le pas sur la résolution du crime, chacun tournant autour, témoin plus ou moins proche, plus ou moins impliqué (parfois "manipulateur")...

Assez rapidement, le lecteur comprend que le roman ne repose pas sur la résolution de l'intrigue, mais explore les arcanes du passage de l'adolescence à l’âge adulte, ce n'est pourtant pas un roman d'initiation bien qu'il détaille les étapes de la "construction" des personnages...

Il s'agit donc bien plus d'un "thriller" (quoi que le terme ne soit pas franchement approprié puisque l'ensemble manque de tension et de punch) psychologique que d'un roman, mais l'incursion dans la vie estudiantine d'Harvard, avec son lot d'ambitions, parfois avortées, est intéressante.


1 juillet 2017

Je me promets d'éclatantes revanches - Valentine GOBY

Editions de l'Iconoclaste
Parution : Août 2017
192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Un manifeste pour la littérature à la lumière de Charlotte Delbo. 
 
« J’ai ouvert Aucun de nous ne reviendra, et cette voix m’a saisie comme nulle autre. Je suis entrée à Auschwitz par la langue. »

L’une, Valentine Goby, est romancière. L’autre, c’est Charlotte Delbo, amoureuse, déportée, résistante, poète ; elle a laissé une œuvre foudroyante. Voici deux femmes engagées, la littérature chevillée au corps. Au sortir d’Auschwitz, Charlotte Delbo invente une écriture radicale, puissante, suggestive pour continuer de vivre, envers et contre tout.

Lorsqu’elle la découvre, Valentine Goby, éblouie, plonge dans son oeuvre et déroule lentement le fil qui la relie à cette femme hors du commun. Pour que d’autres risquent l’aventure magnifique de sa lecture, mais aussi pour lancer un grand cri d’amour à la littérature. Celle qui change la vie, qui console, qui sauve.
Née en 1974, Valentine Goby est romancière et professeure de littérature. Depuis quinze ans, elle écrit pour les adultes et pour la jeunesse. En 2014, elle reçoit douze prix pour Kinderzimmer (Actes Sud) dont le Prix des Libraires. Passionnée par l’histoire et par la transmission, la mémoire est son terrain d’exploration littéraire privilégié. 

Ce que j'en ai pensé :
 
Dans ce document à paraître en août 2017 et qui prend une drôle de résonance à l'annonce du décès de Simone Veil, Valentine Goby évoque la vie et l'oeuvre de Charlotte Delbo (rescapée des camps et découverte au détour d'une conversation avec Marie-José Chombart de Lauwe, retrace Auschwitz via la lecture et l'écriture. 


Alors que Valentine Goby prépare « Kinderzimmer », elle découvre l’œuvre d'une femme, communiste, résistante, non-juive et s'imprègne de son univers et de ses silences littéraires.
Il s'agit ici d'une analyse de l’œuvre plus que d'un roman, mais Valentine Goby se faufile entre les lignes, esquisse des parallèles, donne corps à Charlotte, lui rend hommage.
Elle voit les écrits de Charlotte Delbo comme des recherches archéologiques, où chaque strate révèle une découverte, où chaque « blanc » du texte laisse deviner l’indicible.


Auschwitz. Un mot quasi absent des écrits de Charlotte Delbo. Un lieu qui devient neutre au sens qu'il pourrait être celui qui décrit toutes les horreurs sans être véritablement et géographiquement signifié : Auschwitz c'est nulle part et c'est partout (au Rwanda, en Syrie…). L'endroit prend une dimension universelle, fondue dans la neige et le froid, dans la terreur et l'ignoble.
Charlotte Delbo n'était pas juive mais elle appartenait, par son militantisme au « Convoi du 24 janvier 1943 » pour avoir été arrêtée comme membre du groupe Politzer (son prof de philo) : 230 femmes dont seules 49 reviendront des camps, avec dans son cas, pour toujours, le numéro 31661 tatoué sur son avant-bras.


Pourtant, elle gardera espoir, continuera à aimer la littérature et le théâtre (elle était la secrétaire de Louis Jouvet), reconstituant poèmes et pièces de mémoire, organisant des spectacles, malgré tout. 
A son retour, elle écrit Aucun de nous ne reviendra  (premier volume d'une trilogie dont Le convoi du 24 janvier  deviendra le prologue) et décide de garder ce manuscrit dans un tiroir : les français ne sont pas prêts à entendre, à connaître ce qui s'est passé dans les camps…


Valentine Goby, explore le processus narratif de Charlotte Delbo, comment on peut aujourd'hui « lire » Auschwitz par les mots des rescapés, mais aussi comment Charlotte Delbo a pu « écrire » Auschwitz, elle devient archéologue d'une œuvre complexe, teintée de silences et de parallèles avec sa propre vie :

« La lecture toujours convoque le lecteur et sa propre histoire. »

Beaucoup d'émotion dans ce récit, beaucoup d'admiration aussi : une lecture qui ne laisse pas indifférent...

Merci aux Editions de l'Iconoclaste qui m'ont permis la lecture de cet ouvrage en avant-première !

30 juin 2017

Bilan de juin 2017

Un mois de juin très riche ! 

Balade à Lisbonne, promenade à Paris (et découverte de la rentrée littéraire de septembre 2017 chez Stock - merci encore !)


des expos ("Rodin" et "Jardins" au Grand Palais, "Les trésors de l'islam en Afrique : de Tombouctou à Zanzibar" - extraordinaire !),  
 
le téléphone qui sonne pour m'annoncer que je suis retenue comme jurée du Grand Prix des Lectrices de ELLE,  
  

...et évidemment des lectures ! 
11 livres, 2690 pages avec des chouchous :
 
D'autres que j'ai bien aimés aussi sans qu'ils ne soient des coups de cœur :

Et ceux dont je vous parlerai un peu plus tard..


Et vous ? Juin a-t-il été un bon mois de lectures ?
 

25 juin 2017

Cortex - Ann SCOTT

Editions Stock - Collection La Bleue
Parution : 3 mai 2017
310 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Los Angeles, aujourd’hui.
La cérémonie des Oscars va commencer.
Plus de trois mille personnes dans la salle.
Soudain, une explosion.
Au cœur du chaos, très vite, les rumeurs courent. Julia
Roberts, Steven Spielberg, Al Pacino… Qui est mort, qui est blessé ?
Dans cet Hollywood qui pleure ses icônes, Angie, une jeune réalisatrice française, Russ, un vieux producteur californien, et Burt, un humoriste new-yorkais, se croisent pendant quelques jours.
Entre amours perdues, sidération et passion du cinéma, chacun se demande : de quoi sera fait le futur, sans tous ces visages familiers qui ont façonné nos rêves ?
Née en 1965, Ann Scott est une romancière française. Auteur de Superstars sacré « premier roman pop français crédible » qui lui a valu d'être qualifiée d'auteur culte, elle fait partie du mouvement Génération X et on la classe également parmi les écrivains du postmodernisme.
 
Ce que j'en ai pensé :

Trois personnes dont les destins vont se croiser autour d'un attentat, trois vies à la dérive : Burt, le comique, qui subit une solitude sans nom et ne se sent à sa place nulle part, qui ressent la vacuité de notre monde ; Angie, la cinéaste française, amoureuse de Jeff qu'elle retrouve par hasard à Hollywood et qu'elle accompagne à la cérémonie des Oscars ; et Russ, producteur de la cérémonie, abattu par son veuvage tout neuf et qui ne parvient pas à faire le deuil de Susan, malade d'un cancer et suicidée sur la plage de Santa Monica,

Ann Scott réussit un roman fascinant, purement addictif (ça faisait bien longtemps que je ne m'étais pas couchée aussi tard, en me rendant compte que j'avais chopé un sacré coup de soleil!) qui décrypte le monde des « »stars » (et en lisant ce roman, vous comprendrez pourquoi j'utilise des guillemets) et tout ce qui l'entoure : la représentation d'un monde idéalisé mais artificiel, la spontanéité (et la morbidité parfois) des réseaux sociaux.

C'est aussi, évidemment, un roman qui évoque l'horreur et le choc des attentats, la difficile période du deuil (et ici, chaque personnage vit le sien, différent, à sa manière, différente) et de la reconstruction.

J'ai tout aimé dans ce roman, la narration presque hypnotique, complètement addictive, les personnages et leurs fragilités et questionnements, et aussi cette vision, si vraie, de notre monde actuel trop connecté, tous ces petits riens qui s'essaiment, ce leitmotiv du dernier chapitre qui a fini par me faire pleurer « j'avais une ferme en Afrique… » (Out of Africa, un des plus beaux films du monde, avec Meryl Streep et Robert Redford, morts tous les deux dans l'attentat…), les couchers de soleil sur le pier…

Coup de cœur ! 
 
Merci à Valentine et aux Éditions Stock pour ce magnifique moment de lecture ! Dommage que ce roman soit paru dans une période peu adéquate parce qu'il mériterait plus de visibilité tellement il est réussi !
Eva aussi a beaucoup beaucoup aimé !
 


Bande-son indispensable à ce roman à écouter ici !

24 juin 2017

Le coeur sauvage Robin Mc ARTHUR

Editions Albin Michel - Collection Terres d'Amérique
Parution : 3 mai 2017
Titre original :
Traduction : France Camus-Pichon
224 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Bûcherons, fermiers, vieux hippies, jeunes artistes ou adolescentes rebelles, les personnages de ces nouvelles vivent à la frontière de la civilisation et du monde sauvage, dans des endroits reculés du Vermont.
 Tous cherchent à donner un sens à leur solitude et à leurs rêves, au cœur d’une nature à laquelle ils sont, souvent malgré eux, viscéralement liés. L’eau noire et glacée des lacs, l’odeur des champs en juin, la senteur de la résine,  les forêts à perte de vue… 
Robin MacArthur évoque avec puissance et grâce cet univers à la fois âpre et beau, où se reflète l’âme de ses habitants.

Robin MacArthur est originaire du Vermont, où elle vit toujours aujourd’hui. Elle a créé avec son mari un groupe de musique folk baptisé Red Heart the Ticker, et ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues littéraires au cours des dernières années.

Ce que j'en ai pensé :

En exergue, cet avis de Rick Bass : 

 « Sauvages, élégantes, lumineuses  : autant d’adjectifs pour décrire les nouvelles de Robin MacArthur, et le profond sentiment d’émerveillement qu’elles provoquent.  » 

 Autant dire que je me suis jetée sur ce livre, surtout après avoir lu le billet très tentateur d'Electra !
Et je n'ai pas été déçue ! Pas forcément fan de nouvelles, je me suis laissée emporter !

Vermont, nord-est des USA, un endroit où se côtoient anciens hippies en mobil-homes et citadins richissimes venus chercher un coin calme pas trop perdu loin des villes.

Des histoires de femmes, pour la plupart, narratrices d'un morceau de leur vie , souvent à la recherche d'apaisement ou de souvenirs heureux, Des deuils, des maladies, des regrets, des vies ratées (selon le critères du monde occidental ultra-connecté et hyper-marchand), des émois d'adolescents, des addictions à la drogue ou à l'alcool, Joan Baez ou de la country en fond sonore, la forêt et un hypothétique puma qui rôde…

Une collection d'instantanés de personnages attachants, tous liés à cette terre, qui en partent et y reviennent, qui ne l'ont jamais quittée, tous marqués par la solitude mais qui, chacun à leur manière, portent un espoir !

20 juin 2017

L'homme des bois - Pierric BAILLY

Editions P.O.L
Parution : février
160 pages
Prix Blù / Jean-Marc Roberts 2017


Ce qu'en dit l'éditeur :

L’Homme des bois n’est pas seulement le récit par son fils de la mort brutale et mystérieuse d’un père. C’est aussi une évocation de la vie dans les campagnes françaises à notre époque, ce qui change, ce qui se transforme. C’est l’histoire d’une émancipation, d’un destin modeste, intègre et singulier. C’est enfin le portrait, en creux, d’une génération, celle des parents du narrateur, travailleurs sociaux, militants politiques et associatifs en milieu rural.

Né le 14 août 1982 à Champagnole dans le Jura, Pierric Bailly est l'auteur de Polichinelle (2008), Mickaël Jackson (2011) et L'étoile du Hautacam (2016).


Ce que j'en ai pensé :

C'est la lecture d'un beau billet de blog qui m'a rappelé que j'avais noté ce roman sur la liste de mes envies ; je ne pouvais de toute façon pas passer à côté de cette histoire qui se passe là où j'ai passé toutes mes vacances d'enfant. Chaque nom de village fait revivre des souvenirs et j'ai beaucoup aimé les pérégrinations de l'auteur dans ces lieux qui me sont aussi familiers. 

Il s'agit presque d'un pèlerinage pour ce fils dont le père est mort dans les bois, la tête fracassée au pied d'une falaise alors qu'il était en balade à la recherche de champignons. Pour le narrateur, c'est plus compliqué : il ne parvient pas à se contenter des conclusions du médecin légiste et du policier chargé de l'enquête.

C'est avec beaucoup de pudeur et de tendresse qu'il nous emmène sur les traces de ce père, militant discret, amoureux de la nature, curieux (il s'intéresse à tant de choses que l'inventaire donnerait le tournis : yoga, langues étrangères, littérature, théâtre et poésie) et archiviste (l'appartement est rempli de paperasses) et en dresse un portrait réinventé grâce aux témoignages des gens qui l'ont connu : un type ordinaire et pourtant extraordinaire, hors du commun !

C'est donc un beau roman sur le deuil, un beau "double-portrait" (celui de l'auteur, en creux, derrière celui du père). Une agréable surprise !

19 juin 2017

La tresse - Laetitia COLOMBANI

Editions Grasset
Parution : 10 mai 2017
224 pages
Ce qu'en dit l'éditeur :

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
 
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
 
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
 
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
 
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, À la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman.

Ce que j'en ai pensé :

C'est drôle ! Au lieu de "Ce que j'en ai pensé" j'avais commencé à écrire ; "Ce que j'ai aimé"...! 

Et j'ai aimé tant de choses ! D'abord la narration, simple mais efficace, sans fioritures, sans circonvolutions inutiles, sans pour autant être trop sèche : elle va droit à l'essentiel mais touche au cœur.

Ensuite ces trois histoires. Trois histoires, trois brins de la tresse, trois femmes.
Trois femmes que tout sépare : une intouchable qui ramasse les excréments des autres castes et n'a nul avenir (sauf celui qu'elle rêve pour sa petite fille de six ans), une italienne qui reprend l'entreprise de son père quand celui-ci, après un accident de Vespa, se retrouve dans le coma et découvre la faillite proche,  une avocate canadienne aux dents longues et à la réussite toute tracée jusqu'à ce qu'on lui détecte un cancer.

Ça pourrait vite tourner à la bluette, mais c'est tout sauf ça ! et pour un premier roman, chapeau bas ! 

J'ai été happée par ces destins, par ces conditions féminines si différentes en apparence (n'y-a-t-il pas finalement beaucoup de points communs entre une jeune femme sicilienne soumise au joug de la famille et des traditions, une indienne intouchable supposée ne jamais quitter sa caste, une femme du monde capitaliste occidental vouée toute entière à sa carrière au détriment de sa famille et de sa santé ? ). 
J'ai aimé cette façon de croiser les chemins : des femmes singulières, courageuses dans leur combat,  dignes, luttant contre les préjugés et les présupposés de classe (ah ! le déterminisme social...), des femmes fortes qui luttent, s'émancipent, chacune à sa manière, sans gloriole et sans féminisme revanchard.
  
Une belle lecture que je recommande -et je sais bien que je ne suis pas la première à le faire !

18 juin 2017

La table du roi Salomon - Luis MONTERO MANGLANO


Editions Actes Sud
Parution : juin 2017
Titre original : La mesa del rey Salomon
Traduction : Claude Bleton
528 pages 

Ce qu'en dit l'éditeur :

Canterbury : des ruelles pavées à l’ombre d’une cathédrale mythique, un honorable archevêque, des étudiants, des pubs et des bicyclettes. Tirso Alfaro, doctorant espagnol en art médiéval, s’ennuie à mourir au musée de la ville, où il officie comme guide ; jusqu’au jour où, sous ses yeux, un moine dérobe la précieuse patène ancienne, fleuron de la céramique vitrifiée des maîtres cordouans, qu’il était venu étudier. Échouant à convaincre les autorités que l’œuvre qui continue de briller de tous ses feux derrière la vitrine blindée est une réplique, Tirso est renvoyé à Madrid, où l’attend une offre d’emploi énigmatique, assortie d’un extravagant test d’aptitude… qu’il réussit. Il intègre alors le Corps royal des quêteurs : une organisation secrète, établie dans les sous-sols du Musée archéologique de Madrid, et dont la mission consiste à localiser et à rapatrier par tous les moyens les œuvres du patrimoine historique national que les rapines des guerres des XIXe et XXe siècles ont éparpillées à travers le monde. Les objets ainsi “volés aux voleurs” sont remplacés par de parfaites copies (le procédé mis en œuvre à Canterbury).

La première mission de Tirso, qui porte sur l’un des secrets les plus insondables de l’histoire des civilisations, le lance sur la trace du roi Salomon et de Lilith, l’incomparable reine de Saba.

L’amour et l’action le disputent à l’intrigue et à l’aventure, dans ce roman érudit et trépidant qui nous plonge au cœur des histoires de l’art.

Luis Montero Manglano est né à Madrid en 1981. Il est professeur d'histoire de l'art et d'histoire médiévale.

Ce que j'en ai pensé :

Je suis de plus en plus difficile lorsqu'il s'agit de polar ésotérique, et souvent de plus en plus circonspecte. Il ne s'agit pas de convoquer les Templiers ni seulement d'évoquer des mystères plurimillénaires pour susciter mon intérêt : à force d'avoir tellement lu ce genre, il me faut aussi une érudition certaine (et pas seulement plaquée artificiellement sur l'intrigue), sans qu'elle soit pesante (du genre à donner envie de sauter des paragraphes), que le rythme soit vif et que les personnages, évidemment, soit au moins empathiques sinon crédibles.

Ce roman-là réunit des critères positifs : Tirso le héros, sorte d'universitaire raté qui végète dans l'ombre d'une mère reconnue comme célèbre archéologie et d'un père un peu mystérieux trop tôt disparu, est un bon personnage : un peu trop vif, pas toujours très fin mais intelligent et débrouillard, remplit le rôle à merveille !

L'histoire change un peu (et ironise, en clin d’œil, sur l’absence ces Templiers) et tient la route : une brigade semi-secrète de chercheurs de trésors qui veulent avant tout que l'héritage espagnol retrouve sa place dans les musées.

C'est vivant, enlevé, sans temps mort et les 528 pages défilent à toute vitesse ! Une sorte d'Indiana Jones érudit, mais pas trop, et qui, une fois n'est pas coutume se passe en Espagne et concerne la Table d'Emeraude (clic pour en savoir plus), sujet assez peu abordé dans la littérature ésotérique.

Seul bémol : l'utilisation du passé simple et les tournures de phrases en "on", un peu bizarres mais l'ensemble se tient, se lit avec plaisir !

Ça tombe bien, on dirait que c'est le début d'une série ;o)


15 juin 2017

Portrait d'un homme heureux - Erik ORSENNA

Editions Folio   (n° 3656)
Parution : 13 mars 2002
176 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

«À Versailles, souvent je tends l'oreille, rêvant de retrouver une amitié, une conversation quotidienne et qui dura trente-cinq ans. Entre Louis XIV et André Le Nôtre. Le monarque le plus puissant à qui tout doit céder, même le temps. Et l'homme de la terre, le saisonnier, celui qui reste du côté de la nature, même s'il la force comme personne avant lui.
Ensemble ils ont écrit le plus grand livre du monde - mille hectares -, le roman du Soleil incarné. La seule histoire occidentale qui impressionnait Quianlong, l'empereur de Chine, le créateur du Jardin de la Transparence parfaite.»


Ce que j'en ai pensé :

Flânant dans la librairie-boutique du Grand Palais, après avoir visité l'expo Jardins, je suis tombée sur ce petit opuscule qui évoque la vie d'André Le Nôtre, le célèbre jardinier de la Cour de France, des Tuileries aux jardins de Versailles ! Je n'ai pas su résister !

Pas tout à fait une biographie (les éléments historiques sont tour à tour appuyés par des documents ou semblent plus imaginés, rêvés, que réels), pas tout à fait un roman non plus, mais plutôt une déambulation, comme dans un jardin.

Comme on comprend que Le Nôtre ait pu être heureux, malgré les  pressions du pouvoir (ou grâce à elles ?), en exerçant ce métier qui faisait déjà la renommée de son père et de son grand-père ! Des jardins, des fleurs, certes...mais aussi un brin de mathématiques et de philosophie, de l'art avant tout puisque le génial jardinier a presque failli être peintre !

 
Un voyage dans le temps érudit mais agréable à lire, une petite merveille à garder pas loin de soi, d'autant si l'on envisage de visiter Vaux-le-Vicomte, Versailles, Fontainebleau ou Chantilly ! 
Des buis et des ifs taillés, mais pas seulement ! Une incursion dans l'histoire, dans le tracé de bêche d'un homme qui a pensé les jardins autrement, courtisan sans l'être, mathématicien et artiste pour finir par reprendre la profession de son père et grand-père (on a du mal à sortir de sa "caste" professionnelle au XVIIème siècle !), un récit qui a le mérite de n'être aucunement pontifiant, de divertir en racontant le Grand Siècle !

J'ai aimé le style, l'apparente légèreté du ton mais la profondeur des références citées, j'ai eu l'impression de me promener dans les allées de Versailles ou de Chantilly et je crois que je vais être assez impatiente de lire le prochain ouvrage qu'Erik Orsenna va publier chez Stock à la rentrée et qui concernera Jean de La Fontaine, contemporain d'André Le Nôtre !

11 juin 2017

Poupée volée - Elena FERRANTE

Editions France Loisirs
Parution : 2010
Titre original : La figlia oscura
Traduction : Elsa Damien
284 pages

Ce qu'en dit l'éditeur : 

Pourquoi Leda interrompt-elle brusquement ses vacances ? Enseignante à l'université de Florence, seule depuis que ses deux filles sont parties rejoindre leur père au Canada, elle passe quelques semaines au bord de la mer et, parmi les estivants qu'elle observe chaque jour sur la plage, s'intéresse surtout à une famille, une véritable tribu. Elle se lie plus particulièrement d'amitié avec Nina, jeune femme mariée à un homme plus âgé, et à sa fille Elena, qui semblent très complices et comme étrangères à une famille un peu rustre. Cette rencontre constitue pour Leda l'occasion de réfléchir à ses rapports avec ses propres filles, qu'elle a abandonnées pendant trois ans alors qu'elles étaient encore enfants, et à une maternité qu'elle n'a jamais pleinement assumée. Saura-t-elle se montrer à la hauteur cette fois ? Magnifique portrait de femme, Poupée volée est une réflexion lucide sur la difficulté d'être mère, à laquelle l'écriture puissante et viscérale d'Elena Ferrante confère toute son universalité. 

Editions Folio 
à paraître en septembre 2017


Ce que j'en ai pensé :

J'ai trouvé cette version du roman dans une brocante et je regrette presque de ne pas avoir su avant que Folio programmait une parution en septembre, la couverture avec les parasols me plait infiniment. Elle restitue l'ambiance des plages italiennes où se déroule l'intrigue.
La narratrice a décidé de passer ses vacances seules dans un appartement de bord de mer où elle pense mettre le temps à profit pour préparer les cours qu'elle donne à l'université.

On la sent fragile, dès les premières pages, et son personnage n'est pas sans rappeler celui de L'amie prodigieuse (surtout dans le tome 3) : une femme séparée, qui s'est plus ou moins volontairement éloignée de ses enfants et qui se compare toujours aux autres femmes, s'estime peu à sa place dans sa catégorie sociale, renie ses origines populaires et s'agace toujours de la figure maternelle.

C'est d'ailleurs sur le thème de la maternité que l'auteur place ce roman : maternité en échec (sa mère fait honte à la narratrice qui, elle-même, a "abandonné" ses filles), maternité rêvée (elle admire la mère de la petite fille à qui "on" a volé la poupée), maternité exacerbée (Rosaria enceinte jusqu'aux yeux sur la plage). Et cette poupée qui en est le symbole, celui du bébé dont il faut s'occuper et qui fait tout à coup délirer la narratrice...

Etrange roman : j'ai beaucoup aimé les parallèles établis tout en étant souvent agacée par cette narratrice (le même ressenti que pour le tome 3 de L'amie prodigieuse).