24 février 2018

Les lois du ciel - Grégoire COURTOIS

Editions Folio Policiers
Parution : 15 février 2018
208 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Les enfants de la classe de CP de l’école primaire de Claincy, dans l’Yonne, partent pour deux jours d’excursion en forêt. Aucun n’en reviendra.
Parents d’élèves et instituteurs sont à leurs côtés. Mais même les adultes ne peuvent rien face aux lois de la nature. Pour les enfants, le froid, la faim, l’obscurité, un simple grincement deviennent le terreau de l’imagination. Bientôt la terreur s’insinue au cœur de l’équipée. Les barrières entre le monde des contes et la réalité s’effritent, jusqu’à ce que l’impensable se produise.
Et ce n’est que le début de la fin.




Ce que j'en ai pensé :

Un polar bien saignant, svp ! du lourd, du trash, avec des cadavres à la pelle !
Mais avec en sous-titre, un cynisme cruel, presque de l'humour (noir, noir, très noir !).

Attention, âmes sensibles ! 

Ici, ce sont surtout des enfants qui meurent, des tous petits, moins de sept ans, des fragiles qu'il aura fallu protéger de la folie tortionnaire d'un camarade de classe, élevé à la rude par un père chasseur un peu brute. Et puis, un concours de circonstances, des hasards malheureux, des situations fatales.
Et un sanglier aussi, dont on ne sait plus, en refermant le livre, si on se réjouit qu'il donne une "bonne" leçon au petit meurtrier.
Parce que ça saigne beaucoup, ça hurle, ça se tord de douleur !

Mais c'est très bon, à condition de ne pas être trop chochotte, il y a de quoi être rudement secoué par ce polar qui mélange les contes pour enfants à l'horreur vraie ! Vous êtes prévenus ! 

22 février 2018

La fille du roi des marais - Karen DIONNE

Editions JC Lattès
Parution : 7 mars 2018
Titre original : The March King's Daughter
Traduction : Dominique Defert
400 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Enfin, Helena a la vie qu'elle mérite ! Un mari aimant, deux ravissantes petites filles, un travail qui occupe ses journées. Mais quand un détenu s'évade d'une prison de sa région, elle mesure son erreur : comment a-t-elle pu croire qu'elle pourrait tirer un trait sur son douloureux passé ? Car Helena a un secret : elle est l'enfant du viol. Sa mère, kidnappée adolescente, a été retenue prisonnière dans une cabane cachée au fond des marais du Michigan, sans électricité, sans chauffage, sans eau courante.
Née deux ans plus tard, Helena aimait cette enfance de sauvageonne. Et même si son père était parfois brutal, elle l'aimait aussi... jusqu'à ce qu'elle découvre toute sa cruauté. Vingt ans après, elle a enfoui ses souvenirs si profondément que même son mari ignore la vérité. Mais aujourd'hui son père a tué deux gardiens de prison et s'est volatilisé dans les marais, une zone qu'il connaît mieux que personne.
Malgré la chasse à l'homme lancée par les autorités, Helena sait que la police n'a aucune chance de l'arrêter. Parce qu'elle a été son élève, la seule personne capable de retrouver cet expert en survie, que la presse a surnommé Le Roi des Marais, c'est sa fille. 


Ce que j'en ai pensé :

Lecture en accès libre sur NetGalley, j'ai d'abord commencé à me méfier, et puis, très vite...j'ai été hypnotisée par l'histoire d'Helena et je me réjouis d'avoir succombé à la tentation (merci NetGalley !!).

La trame de l'intrigue pourrait paraître facile, une jeune femme, marquée par une enfance éloignée de tout, née du kidnapping d'une jeune fille par un type franchement asocial,  autoritaire et violent, refait sa vie. Elle garde des séquelles de sa vie de recluse au milieu des marais mais s'en tire plutôt bien, jusqu'à ce qu'elle comprenne que l'évasion de son père menace sa nouvelle vie.

On flirte ici sans cesse entre un syndrome de Stockholm ("mon bourreau, ce héros") et sa mise à distance ("ce bourreau, quel salaud") et l'équilibre, fragile, donne toute sa saveur à une narration qui, outre une exploitation sensible des personnages (personne n'est 100% ni bon ni mauvais), fait la part belle à l'environnement : il y a en effet de très belles pages où la nature dicte sa loi, où la neige et le froid dominent et accentuent la dramaturgie de ce roman.

Le rythme est enlevé, le personnage d'Helena suscite l'empathie, l'évocation de la culture ojibwé est fascinante, et j'ai passé un très bon moment !

20 février 2018

Camping Car - Ivan JABLONKA

Editions Seuil
Parution : 4 janvier 2018
192 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Le camping-car nous a emmenés au Portugal, en Grèce, au Maroc, à Tolède, à Venise. Il était pratique, génialement conçu. Il m’a appris à être libre, tout en restant fidèle aux chemins de l’exil. Par la suite, j’ai toujours gardé une tendresse pour les voyages de mon enfance, pour cette vie bringuebalante et émerveillée, sans horaires ni impératifs. La vie en camping-car.

Ce que j'en ai pensé :

Mitigée...Très...

Je suis incapable de dire ce que ce document a suscité chez moi.

J'ai aimé les souvenirs égrenés, les itinérances, les "éclairs d'enfance heureuse", la réminiscence des agacements, des attendrissements.

Mais je n'ai pas aimé les considérations sociologiques, le constant rappel à la judéité (si on vadrouille en camping-car c'est grâce ou à cause de nos origines juives... que pourraient dire les générations de gamins élevés en mode hippie en combi VW qui seraient cathos ou même athées ?? j'ai fini par trouver le côté "juif errant" un peu incongru), et le côté un peu décousu de la narration, sautant parfois du coq (grec) à l'âne (marocain), comme si l'ensemble manquait de construction et de structure...

Ça se lit vite, ça n'est pas déplaisant (loin de là !!) mais on se demande souvent où Ivan Jablonka veut nous conduire, au volant de son van chargé de souvenirs...
Mais, à vrai dire, cet essai oscillant entre souvenirs d'enfance (très personnels) et étude sociologique non approfondie manque de souffle et surtout, ne parvient pas à faire la différence entre les deux genres. Ni un essai, ni un regard autobiographique, un peu des deux (ou trop !). 

19 février 2018

Couleurs de l'incendie - Pierre LEMAITRE

Editions Albin Michel
Parution : 3 janvier 2018
544 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Février 1927. 
Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d'un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement. 
Face à l'adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d'intelligence, d'énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. 
Tâche d'autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l'incendie qui va ravager l'Europe. 


Ce que j'en ai pensé :

Je n'ai pas pu m'empêcher, en lisant ce nouvel opus de Pierre Lemaître, de le comparer aux feuilletons qui paraissaient dans les journaux au siècle dernier ! C'est vivant et bondissant, sans aucun temps mort, c'est Dumas qui ressuscite !

Au cœur de l'intrigue, Madeleine Péricourt, mal mariée dans Au revoir, là-haut, personnage a priori un peu fade, jeune bourgeoise effacée, et qui devient tout à coup une femme finaude, parfois calculatrice et qui rumine sa vengeance. 
Il n'y a pas que les personnages principaux qui sont forts, tous les intervenants qu'on pourrait penser secondaires sont brossés à la perfection, suscitant empathie ou antipathie, trouvant la juste place dans une intrigue souvent fascinante !

J'ai été séduite, j'ai adoré, j'ai dévoré les 544 pages d'une traite, captivée par cette photographie de la France des années 30, entre folie et déliquescence, avec en toile de fond une pais européenne sur le fil.
Et évidemment, j'attends avec impatience le tome 3 !

17 février 2018

Au revoir là-haut - Pierre LEMAITRE

Editions Albin Michel
Parution : 21 août 2013
576 pages
prix Goncourt 2013

Ce qu'en dit l'éditeur :

Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d'eux.
Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants.
Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Edouard, artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », est écrasé par son histoire familiale. Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l'exclusion. Refusant de céder à l'amertume ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d'une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence... Et élever le sacrilège et le blasphème au rang des beaux-arts.

Bien au delà de la vengeance et de la revanche de deux hommes détruits par une guerre vaine et barbare, ce roman est l'histoire caustique et tragique d un défi à la société, à l'Etat, à la famille, à la morale patriotique, responsables de leur enfer. Dans la France traumatisée de l'après guerre qui compte son million et demi de morts, ces deux survivants du brasier se lancent dans une escroquerie d'envergure nationale d'un cynisme absolu. 


Ce que j'en ai pensé :

Pourquoi ce roman a-t-il dormi aussi longtemps sur ma PAL ? J'avais très envie de lire Couleurs de l'incendie, mais il me fallait d'abord connaître la première partie de l'histoire.

Je me suis régalée !

Parce que je me suis attachée aux personnages, tant Albert le couard qui mouille son pantalon dès qu'il a peur et qui se retrouve embrigadé dans une aventure qui le dépasse juste par fidélité envers Édouard qui lui a sauvé la vie, que pour Edouard, justement, artiste ignoré, homosexuel non coming-outé et surtout gueule cassée qui fait de sa vie une fantaisie noyée dans la morphine et les masques qui cachent son infirmité. Et puis, la famille Péricourt, le lieutenant Henry d'Aulnay-Pradelle (pas le dernier à magouiller, du début à la fin du roman), et Joseph Merlin le fonctionnaire aigri et tatillon..
La galerie ne manque pas de panache et c'est jubilatoire !

Parce qu'aussi j'ai aimé ce roman qui met à distance la guerre, déjà atroce, pour révéler ce que les hommes ont de pire en eux, les manigances, les faux-héros, les planqués, et cette France qui ne sait comment se reconstruire après l'immense catastrophe.

D'autant que l'auteur y mêle un brin d'ironie mordante et c'est, au-delà du macabre de situation, souvent joyeux dans le verbe.

Et il en faut, un brin d'humour pour raconter cette France dépenaillée de l'après-guerre, un pays coupé en deux avec d'un côté ceux que la guerre a enrichis ou confortés dans leur position sociale, et de l'autre, ces pauvres types, traumatisés par la violence des combats, déclassés socialement, à qui l'état ne verse pas les pensions...

C'est ce qui fait aussi l'intérêt de cette fresque romanesque, et autant dire que la suite, Couleurs de l'incendie, sera lu avec la même gourmandise !

14 février 2018

Entrez dans la danse - Jean TEULÉ

Editions Julliard
Parution : 1er février 2018
160 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Une étrange épidémie a eu lieu dernièrement
Et s'est répandue dans Strasbourg
De telle sorte que, dans leur folie,
Beaucoup se mirent à danser
Et ne cessèrent jour et nuit, pendant deux mois
Sans interruption,
Jusqu'à tomber inconscients.
Beaucoup sont morts.
Chronique alsacienne, 1519



 Frans Hogenberg, Danse des Fous, 1560

Ce que j'en ai pensé :

Comme d'habitude, avec Jean Teulé, la langue virevolte, le verbe est truculent et hardi, mélange termes de vieux françois et argot contemporain, le rythme est trépidant à l'image de cette danse qu'on dira "de St Guy" qui fait se déhancher, se trémousser jusqu'à ce que la fatigue terrasse les corps.

J'aime cette manière de re-traiter l'histoire, d'y insuffler une verve nouvelle, teintée d'ironie, et où l'on devine parfois les parallèles avec notre époque. 
C'est assez croustillant, plutôt fin et c'est surtout très visuel, presque cinématographique et ça m'enchante à chaque fois !

Encore une belle réinterprétation d'un fait historique :o)

11 février 2018

Défaillances - B.A PARIS

Editions Hugo - Collection Thriller
Parution : 4 janvier 2018
Titre original : The breakdown
Traduction : Vincent Guilluy
400 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :
 
Tout a commencé cette nuit-là, dans la forêt. Cassandra ne s’est pas arrêtée pour proposer son aide à la conductrice de la voiture immobilisée sur le bord de la chaussée, en plein orage.

Lorsqu’elle apprend le lendemain que la femme a été retrouvée sauvagement assassinée, Cass est assaillie par la culpabilité. Et les coups de fil anonymes qu’elle reçoit désormais chez elle ravivent son angoisse. Elle en est persuadée : quelqu’un l’a vue, ce soir-là. Quelqu’un qui continue de l’observer. Quelqu’un qui pourrait bien être l’assassin.

Pourtant ni son mari, ni sa meilleure amie ne prennent ses craintes au sérieux. Et alors que Cass elle-même commence à douter face à ses trous de mémoire de plus en plus fréquents, ses angoisses se transforment en terreur.


Ce que j'en ai pensé :

Le pitch était pas mal,  ça semblait prometteur...

Sauf qu'à la page 37, j'avais deviné qui était coupable !...à 10% du début du livre, ça peut laisser présager qu'on va rudement s'ennuyer sur les 370 pages à venir..Et si ça n'avait pas été un policier en lice pour le Grand Prix des Lectrices Elle, j'aurais immédiatement lâché l'affaire !!

D'autant que si l'intrigue est téléguidée, pas meilleur qu'un feuilleton de l'après-midi sur M6, la narration est affligeante de banalité et de lieux communs et si l'auteur ne développait pas la paranoïa de son héroïne et son éventuel gêne de la démence précoce, on aurait pu se croire dans un roman à l'eau de rose ou dans une telenovela brésilienne. 
Parce qu'en plus, les personnages véhiculent tellement de clichés que c'en est affligeant. 
 
On ne nous épargne pas des pages entières de retranscription de textos, découverts par un fabuleux concours de circonstances, et qui permettent à Miss Parano de redevenir soudain une combattante qui n'a pour autre but que de démasquer les vilains qui l'embêtent alors qu'elle est sous cachetons depuis 2 mois !!! 

Je vous épargne tout spoil, mais le nœud de l'affaire est risible ! Quand il y a un meurtre, il faut commencer par chercher le mobile : amour, argent ? ah ah ah ! 

Tellement prévisible et mal écrit que ça pourrait être une parodie de ce qu'il ne faut pas faire en matière de polar ! 
Une catastrophe qui fera pourtant les têtes de gondoles en hypermarché (ouch !!)

8 février 2018

Que la guerre est jolie - Christian ROUX

Editions Rivages 
Parution : 7 février 2018
301 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Une ville moyenne, située à une heure de Paris. Un passé ouvrier, comme en témoignent les bâtiments de l’usine, aujourd’hui désaffectée, et la « cité jardin » où logeaient les salariés. Aujourd’hui le maire a de grandes ambitions pour sa ville : réhabiliter le quartier et transformer les maisons ouvrières en un ensemble résidentiel haut de gamme. Or les habitants ne l’entendent pas de cette oreille. 

À commencer par Élise, qui attend un enfant et n’a aucune intention de déménager. Quant aux artistes qui ont investi l’usine, ils veulent la transformer en lieu de création. Comme si le maire et les promoteurs allaient se laisser arrêter par une poignée d’opposants ! 

Il suffit de les faire déguerpir, et là, tous les moyens sont bons, légaux ou non.
Cependant, des grains de sable vont se glisser un peu partout et tout enrayer… Comme en temps de guerre, les dégâts collatéraux seront ravageurs.


Ce que j'en ai pensé :

Roman noir, social, rude..! 
 
Et pourtant, à la première page, j'aurais presque pu refuser d'en lire une de plus : il y a des rats, trempés dans l'essence, torches vivantes  et ça, je n'aime pas ("Ma bonne dame, va falloir soigner votre phobie !!")...
Sauf qu'ensuite, c'est rock'n'roll ! et c'est  addictif ! 

Il m'aura fallu moins de trois heures pour aimer ce polar, ses personnages, la narration autour d'une ancienne usine squattée, les manigances des puissants pour "neutraliser" le lieu, le rendre à l'urbanisation et au capitalisme, la contre-offensive de ceux qui l'occupent et lui trouvent une âme.

C'est drôlement bien foutu, drôlement bien écrit, tellement réel que c'est dérangeant ! 
Et puis il y a Elise, enceinte, qui jamais ne renonce à dénoncer, et Squad le rappeur-DJ,  et surtout Khaled, l'ex-photographe de guerre, qui sirote dès le matin tout alcool qui pourrait lui faire oublier ce qu'il a vu dans les pays en guerre.

C'est fort et c'est bon, j'adore !

(NB :par contre, "un toit de taules" page 301, je n'aime pas...
-taule : prison
-tôle : feuille de métal obtenue en laminage, destinée à couvrir les toits)

6 février 2018

Les soeurs Brontë - Laura EL MAKKI

Editions Tallandier
Parution : 5 octobre 2017
320 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Les sœurs Brontë sont un mystère. Isolées du monde, filles d’un pasteur de village, elles ont révolutionné l’histoire littéraire en publiant, sous pseudonymes masculins, des romans brûlants d’amour et de vie comme Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent.
 
Haworth, 1836. Dans les landes du Yorkshire, Charlotte (20 ans), Emily (18 ans) et Anne (16 ans) écrivent à la lumière de la bougie. Comment ces jeunes femmes de condition modeste, sans relations ni entregent, vont-elles devenir des auteurs qui comptent ? Quel rôle tient leur frère Branwell, artiste raté, dans cette fratrie à la fois soudée et rongée par les non-dits ?

Partie sur les traces des sœurs Brontë, Laura El Makki nous plonge dans leur intimité, leurs alliances, leurs déchirements, et nous raconte le destin de trois femmes aux prises avec l’adversité, qui ont su trouver en elles la force d’exister.


 Portrait des soeurs Brontë, peint par Branwell leur frère en 1833

Ce que j'en ai pensé :

Une (triple) biographie qui se lit comme un roman, dont les pages se tournent vite (pour peu qu'on élude, comme je l'ai fait volontairement tous les renvois aux sources à la fin de l'opus) et dont la lecture est plaisante.

Trois sœurs, marquées par le destin (la tuberculose emporte tout le monde) et surtout par leur volonté de s'accrocher à leur passion, l'écriture. 
Trois sœurs qui cherchent leur place dans une Angleterre victorienne, lourde de préjugés et de bienséance, où les pauvres n'accèdent rarement au meilleur, et où il est judicieux de choisir un pseudo masculin quand on souhaite être publié.

Et un frère, aussi, un "raté", un qui n'a pas trouvé sa place, ni la manière d'exercer son talent et qui, submergé par l'alccol, l'opium, et les dettes, finit par faire la part belle à ses soeurs.

J'ai dû lire Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent quand j'avais quinze ans, il me restait le souvenir de textes brillants, et j'ai été ravie d'en connaître un peu plus sur la vie de ces romancières, sur ce qui a façonné leur romantisme exacerbé, sur le décor qui a présidé à leur création artistique.


4 février 2018

ADN - Yrsa SIGURDARDOTTIR

Editions Actes Sud - collection Actes noirs
Parution : 3 janvier 2018
Titre original : DNA
Traduction : Catherine Mercy
416 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Elísa Bjarnadóttir méritait d’être punie. Elle devait payer. Mais quelle faute pouvait justifier une telle violence ? On vient de retrouver la jeune femme à son domicile, la tête en­tourée de gros scotch, exécutée de la façon la plus sordide. L’agonie a dû être atroce. Sa fille de sept ans a tout vu, cachée sous le lit de sa mère, mais la petite se mure dans le silence. Es­pérant l’en faire sortir, l’officier chargé de l’enquête se tourne alors vers une psychologue pour enfants. C’est sa seule chance de remonter jusqu’au meurtrier. Ce dernier n’a pas laissé de trace, juste une incompréhensible suite de nombres griffon­née sur les lieux du crime.

Alors que les experts de la police tentent de la déchiffrer, un étudiant asocial passionné de cibi reçoit à son tour d’étranges messages sur son poste à ondes courtes. Que cherche-t-on à lui dire ? Sans le savoir, il va se retrouver mêlé à l’une des séries de meurtres les plus terrifiantes qu’ait connues l’Islande.

Avec ce roman addictif et glaçant, au dénouement inatten­du, Yrsa Sigurðardóttir confirme son statut de reine du polar islandais.


Ce que j'en ai pensé :

ADN, acide désoxyribonucléique,  support de l'information génétique. Elément de preuves dans une enquête criminelle. Vecteur des tares qui pourrait affecter une famille. 

J'adore être surprise par le dénouement d'un polar ! Et là, je me suis régalée ! 
Yrsa Sigurdardottir m'a conquise une nouvelle fois par son sens de l'intrigue et je crois que je vais explorer sa bibliographie !

Faire témoigner une gamine de 7 ans qui a assisté au meurtre de sa mère, ne pas la bousculer, éviter d'ajouter le choc des interrogatoires au traumatisme du crime, faire remonter ses souvenirs pour tenter de comprendre cet assassinat et dessiner le portrait du tueur. C'est la tâche qu'on assigne à ce flic de seconde zone (les enquêteurs principaux et aguerris sont sous le coup d'une enquête interne) qui se serait bien passé d'être sous les feux des projecteurs...

Pour les enquêteurs, l'enquête piétine, et les meurtres se succèdent. (attention, chochottes s'abstenir, les appareils ménagers sont un peu dangereux tout de même, surtout quand ils sont détournés de leur fonction intiale...)

Et les pages de ce polar se tournent, addictives, tandis que le lecteur s'interroge.

C'est habilement mené (mais j'avais déjà dit ça ou presque sur le précédent polar de l'auteur !) et j'ai aimé retrouvé cette atmosphère particulière à l'Islande, le style narratif dépourvu d'inutile, et cette incursion dans la société puisque ce roman évoque la détresse sociale, les abandons d'enfants, les héritages...

Un polar extra, que je recommande !

2 février 2018

L'essence du mal - Luca D'ANDREA

Editions Denoël - Collection Sueurs froides
Parution : 26 octobre 2017
Titre original : La sostanza del male
Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza
464 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

En 1985, dans les montagnes hostiles du Tyrol du Sud, trois jeunes gens sont retrouvés morts dans la forêt de Bletterbach. Ils ont été littéralement broyés pendant une tempête, leurs corps tellement mutilés que la police n’a pu déterminer à l’époque si le massacre était l'œuvre d’un humain ou d’un animal.
Cette forêt est depuis la nuit des temps le théâtre de terribles histoires, transmises de génération en génération.

Trente ans plus tard, Jeremiah Salinger, réalisateur américain de documentaires marié à une femme de la région, entend parler de ce drame et décide de partir à la recherche de la vérité. À Siebenhoch, petite ville des Dolomites où le couple s’est installé, les habitants font tout – parfois de manière menaçante – pour qu’il renonce à son enquête. Comme si, à Bletterbach, une force meurtrière qu’on pensait disparue s’était réveillée. 


Ce que j'en ai pensé :

Un réalisateur américain au repos forcé dans  un coin paumé des Dolomites, en proie à des angoisses irrépressibles depuis que, coincé dans une faille, il a assisté à la chute d'un hélico avec tous ses passagers à bord.

Une vieille histoire de massacre, non résolue, qui ressurgit.

Des habitants hostiles, secrets, du genre à planquer des photos de la scène du crime au grenier, des témoins devenus alcooliques ou morts.

Et un ton narratif où l'humour est prégnant, et où les "rebondissements" ne donnent pas l'impression qu'on essaie d'accrocher le lecteur, où le style ricoche de jeux de lettres en scènes macabres, de moments doux en crises dépressives ! C'est enlevé, parfois joyeux, c'est aussi incroyablement addictif. Même si la narration est relativement dépouillée, le style est accrocheur et intense.

Non content de nous fasciner par un cold case, l'auteur évoque les traditions de ce coin du Haut-Adige, brosse des personnages empathiques (oui, oui, le tueur y compris !), parle un peu paléontologie et géologie, nous embarque en pleine tempête de neige (la montagne est omniprésente) et surtout, déroule le thème de l'obsession, amoureuse, psychotique, meurtrière.

De quoi tirer un bon film ! et attendre avec impatience le prochain thriller de l'auteur qui signe ici un premier essai de maitre ! 

9 lettres ? 
Excellent ! 

30 janvier 2018

Il n'en revint que trois - Gudbergur BERSSON

Editions Métailié - Bibliothèque nordique
Parution : 11 janvier 2018
Titre original : Þrír sneru aftur
Traduction : Eric Boury
208 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Une ferme perdue en Islande, à des kilomètres du premier village, entre un champ de lave, des montagnes et des rivages désolés. Le ciel est vide et les visiteurs sont rares.
Mais l’écho de la Deuxième Guerre mondiale ne va pas tarder à atteindre ses habitants. Soudain soldats, déserteurs, espions débarquent, mais aussi radio, route, bordels et dollars. Puis viendront les touristes. L’ordre ancien vacille et ne se relèvera jamais. 
 
Les personnages de Bergsson sont tout d’une pièce, rugueux et âpres comme la terre qui les a vus naître. Il y a ceux qui partent, ceux qui restent, ceux qui reviennent. Faut-il s’arracher à ce morceau de terre où rien ne pousse ? Ou guetter le renard en ignorant les secousses de l’histoire ? 
 
Un texte sec et fort qui décrit le basculement brutal de l’Islande dans la modernité, les bégaiements de l’histoire, la force magnétique de certains paysages, qui sont comme des gardiens de la tradition familiale : nul n’y échappe.


Ce que j'en ai pensé :

Quand le bout du monde rencontre la civilisation ! Une drôle de famille, où personne n'a de prénom : le grand-père incontinent et taiseux, la grand-mère besogneuse et qui fait l'école à ses deux petites-filles que leurs mères ont abandonnées, et le fils toujours parti à la chasse aux renards. 

Des anglais en randonnée (ce sont les seuls dont on connaîtra l'identité) et qui reviennent plus tard, alors que l'Islande devient base arrière de la coalition internationale pendant la Seconde Guerre Mondiale, et les Ricains qui apportent le progrès, pervertissent les filles et semblent faire émerger le pays du Moyen-Age.

Mais il y a l'Allemand aussi, qui fuit le régime nazi qu'il désapprouve et se cache près de la vieille ferme isolée, et le gamin qui comprendra plus tard à quel point il tient à cette terre et à ses mystères.

"L'Islande n'est plus cette terre isolée, elle est aujourd'hui au centre de la lutte que se livrent dictatures et démocraties et cela ne changera pas tant que nous n'aurons pas remporté la victoire et rétabli la paix dans le monde (...)" 

C'est l'histoire d'un monde perdu, loin de tout, qui s'adapte tant bien que mal à la modernité, à un monde qui change. 
C'est l'histoire d'un coin de nature sauvage, brute, où les failles avalent les squelettes, où les elfes racontent des histoires.

"(...) c'étaient les hommes, et non les bêtes, qui rendaient le monde dangereux. Il suffisait de se plier à quelques règles fondamentales et on pouvait fréquenter tous les êtres vivants en paix." 

C'est un roman presque tranquille où il ne se passe presque rien mais où on voit tout, la lande, la glace, la folie du monde et la sagesse humaine !

J'ai beaucoup aimé ! Evidemment ! 

28 janvier 2018

Et soudain la liberté - Caroline LAURENT

Editions Les Escales
Parution : 31 août 2017
448 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu'au jour où elle lit
Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C'est la naissance d'une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l'avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s'ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n'a qu'un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu'elle y fera la rencontre d'un certain Fidel Castro...

Et soudain, la liberté, c'est aussi l'histoire d'un roman qui s'écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d'une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s'arrêter en février 2017, au décès d'Evelyne. Rien ne s'arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.

Evelyne Pisier et Fidel Castro


Ce que j'en ai pensé :

Déçue. J'ai lu des dizaines de commentaires enthousiastes sur cet ouvrage et pourtant, avec moi, ça n'a pas fonctionné tout à fait.

Comment le qualifier d'ailleurs ?
Il ne s'agit pas d'un roman, ni tout à fait d'une autofiction, ni complètement d'une autobiographie, mais d'un mélange de tout cela, et c'est un peu déstabilisant. Ecrit à quatre mains, puisque Caroline Laurent, éditrice, a "corrigé" le roman écrit par Evelyne Pisier qui ne le trouvait pas assez romancé, pas assez romanesque. Elle intervient d'ailleurs entre deux chapitres pour donner des explications, raconter son lien privilégié avec Evelyne Pisier lors de ce travail puis sa tristesse à l'annonce de son décès. Elle explique avoir inventé le personnage de Marthe, la bibliothécaire féministe et lesbienne de Nouméa, et indique que Marie-France Pisier, la soeur d'Evelyne, a été volontairement éludée.  Les prénoms sont changés, mais on nous les "traduit" pour resituer le contexte...
Etrange !

D'autant que sans ces défauts, sans ces interventions de Caroline Laurent (qui auraient pu faire l'objet d'un épais prologue ou d'une postface), le récit est passionnant ! 

En effet, il déroule le cheminement vers la liberté des femmes, leur long combat contre le patriarcat et leur féodalité conjugale, il retrace tant les luttes féministes pour le droit à la contraception et à l'avortement que les révolutions politiques qui agitent l'après-guerre (Indochine, Algérie, Cuba) et dessine un beau portrait de femme, Mona, qui rejette peu à peu tous les conformismes de l'époque.

Dommage que la forme perturbe un peu le fond.