21 avril 2018

Fugitive parce que reine - Violaine HUISMAN

Editions Gallimard
Parution :  11 janvier 2018
256 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« Maman était une force de la nature et elle avait une patience très limitée pour les jérémiades de gamines douillettes. Nos plaies, elle les désinfectait à l’alcool à 90 °, le Mercurochrome apparemment était pour les enfants gâtés. Et puis il y avait l’éther, dans ce flacon d’un bleu céruléen comme la sphère vespérale. Cette couleur était la sienne, cette profondeur du bleu sombre où se perd le coup de poing lancé contre Dieu.»
Ce premier roman raconte l’amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l’écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d’une femme, une femme avant tout, qui n’a jamais cessé d’affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté. 

Ce que j'en ai pensé :

Ce roman-là n'était pas pour moi, non que j'y sois restée insensible mais après réflexion, je ne crois pas avoir aimé...

Peut-être parce que la lecture est dérangeante quand elle raconte la maladie mentale, peut-être parce qu'au-delà de l'amour (un peu surjoué) il y a beaucoup de violence, une déchéance qui s'installe, un malaise diffus...

Il m'a sans doute manqué quelques éléments pour mieux anticiper cette "tentative de réhabilitation" d'une mère instable, dérangée, bipolaire, qui passe de l'éclat de rire aux larmes, des preuves d'amour (vraiment ? je n'en suis pas convaincue..) aux menaces de suicide. 

C'est plus qu'un roman, c'est un récit personnel d'une famille dysfonctionnelle que je n'ai pas réussi à trouver sympathique même si j'ai cru comprendre les failles, les manques, j'ai même parfois été gênée d'être comme un invité planqué derrière les rideaux, comme s'il y avait trop d'intime déversé entre les pages.

Bien que l'écriture soit vibrante, que le style soit très prometteur, je suis à contre-courant des louanges lues partout (et qui m'ont poussée à acheter ce roman !!!), je suis dubitative, pas du tout sous le charme, pas émerveillée et je n'ai pas ressenti l'émotion à laquelle je m'attendais...

Dommage !

19 avril 2018

Le mort aux quatre tombeaux - Peter MAY

Editions du Rouergue 
Parution : 10 juin 2015
Titre original : Extraordinary people
Traduction : Anne Bataille
400 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Un pari lors d’une soirée trop alcoolisée amène Enzo MacLeod, ancien légiste de la police écossaise établi en France, à entreprendre une enquête autour de la disparition inexpliquée de Jacques Gaillard, conseiller du Premier ministre devenu star de la télévision et dont on n’a plus aucune trace depuis le mois d’août 1996. Cette affaire énigmatique a mis en échec la fine fleur de la police française. Arrogance déplacée ? En quelques jours, à la surprise générale, MacLeod remonte le fil jusqu’à une malle fortuitement découverte dans les catacombes de Paris. Une malle qui contenait, outre un crâne humain, une fort étrange collection d’objets : une coquille Saint-Jacques, un stéthoscope, un pendentif avec une abeille, une médaille de l’ordre de la Libération. Et si, pour élucider le mystère, il fallait se plonger dans l’histoire de France ? MacLeod comprend que le ou les assassins ont jeté un défi aux enquêteurs en assemblant les pièces d’un inextricable puzzle. Il décide de relever le gant. Sans imaginer que le tueur puisse s’en prendre à lui.

Ce que j'en ai pensé :

Le retour d'Enzo Mc Leod dans une enquête vive et qui joue sur les devinettes : que sont tous ces indices laissés avec ces morceaux de corps ; le titre en dit un peu trop long, mais il y a bien quatre malles éparpillées en France, chacune contenant quelques morceaux du cadavre d'un ancien énarque subitement disparu.
Chaque fois des indices, et chaque fois, malheureusement à mon goût, un peu trop de facilité pour Mc Leod à dénouer l'écheveau, aidé par Nicole, une étudiante qui googlise à tout va.

Ça va donc un peu vite, ça manque sûrement d'un peu plus de mystère ou de difficultés (et pourtant en version poche, on tient déjà 400 pages bien denses !) et ça se perd parfois aussi dans ce qui pourrait ressembler à du recopiage de Wikipédia. 

C'est encore un brin plein de clichés faciles comme dans Terreur dans les vignes mais c'est d'abord un agréable divertissement.

17 avril 2018

Sème la mort - Laurent MALOT

Editions Bragelonne
Parution : 15 novembre 2017
278 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

À la suite de l’épisode douloureux de L’Abbaye Blanche, le lieutenant Gange s’est séparé de sa femme. Pour conserver la garde alternée de leur fille, il a quitté son Jura natal pour s’installer à Étampes. Mais cette ancienne ville royale du sud de l’Essonne symbolise l’échec de son couple, et il a du mal à s’y investir. Dans son nouveau commissariat, on le surnomme  «  l’autiste des montagnes  ».
Un quadruple meurtre secoue alors la ville. Arrêté avec un couteau à la main et du sang sur ses vêtements, un ado de 14 ans se mure dans le silence avant d’être interné en hôpital psychiatrique. Gange, aux affaires courantes, reste en retrait. En arrêtant un jeune qui sème le trouble dans les rues, il croise la route de sa mère, femme de pouvoir séduisante, prête à tout pour protéger son fils. Une femme d'influence que personne, à Étampes, n'ose vraiment contredire... 
Survient alors un cinquième crime sauvage. 
Dans une ville qu’il apprend à aimer peu à peu, autour d’une enquête mêlant agriculture bio, pouvoir des puissants, mais aussi l’éducation des enfants, Gange se retrouve sur les traces d’un dangereux psychopathe. Sans se douter un instant qu’il met les siens en danger…

Avec Sème la mort, Laurent Malot situe son intrigue dans le grenier céréalier de la France, en pleine Beauce, pour interroger nos aspirations et nos résistances au changement, à travers le prisme des lobbies surpuissants de l’agriculture conventionnelle. Semer la mort ou semer la vie… c’est une façon de penser le monde et de préparer l’avenir de nos enfants. Un polar résolument noir, ancré dans le réel et son époque, où l’on retrouve l’humour féroce et l’intégrité de Gange, le flic de L’Abbaye blanche


Ce que j'en ai pensé :

Nul besoin d'avoir lu L'abbaye blanche pour se plonger dans ce polar au rythme très soutenu (ceci dit, je vous le conseille parce que c'est plutôt bon !), les quelques passages qui réfèrent au précédent opus n'empêchant en rien la compréhension de celui-ci !

On retrouve donc le lieutenant Gange, fraîchement arrivé à Étampes, et tout aussi fraîchement accueilli dans son commissariat d'affectation. Il a vite compris qu'il devait se faire tout petit, et ça l'arrange bien ! 
Sauf que, (sacré caractère jurassien), quand les premiers meurtres s'annoncent, il a envie d'en découdre ! 

Soyons clairs. Ne cherchez pas de révélation dans les dernières pages sur l'identité du meurtrier, on comprend assez vite qui opère. Mais tout l'intérêt de ce polar réside dans tout ce qui fait ou entoure l'enquête : des manigances de lobbies, des protections obtenues, la situation personnelle et compliquée du lieutenant, ses rapports avec sa hiérarchie ou ses proches. Pas de "whodunit" au programme mais une plongée au cœur d'une enquête à charge.

C'est toujours très bien écrit, c'est toujours addictif (dévoré littéralement en une soirée), et le lieutenant commence à faire partie de mes "flics-chouchous", un peu torturé, bancal mais attachant. 

Y a plus qu'à attendre le prochain tome !

14 avril 2018

L'abbaye des cent crimes - Marcello SIMONI

Editions Michel Lafon
Parution : 5 avril 2018
Titre original : L'abbazia dei centi delitti
Traduction : Elise Gruau et Serge Filippini
476 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Ferrare, 1347. Le chevalier Maynard de Rocheblanche enquête sur le meurtre du moine Facio di Malaspina, détenteur d’informations sur le légendaire Lapis exilii, une mystérieuse relique, source de toutes les convoitises et promesse de toute-puissance. Pour faire la lumière sur cet assassinat et empêcher que l’objet sacré tombe entre de mauvaises mains, Maynard se voit dans l’obligation de gagner la confiance du marquis Obizzo, seigneur de Ferrare et vicaire du pape, aussi puissant que cruel.
 
Déjà menacé par les intrigues et complots qui se trament autour de lui, Maynard doit affronter une épidémie de peste noire qui ravage l’Italie et le contraint à s’exposer un peu plus à ses ennemis pour mieux protéger le secret du Lapis exilii et les intérêts de l’Europe.

 Illustration de la peste noire. Les chroniques de Gilles Li Muisis (1272-1352), 
abbé de St Martin de Tournai - Belgique (Wikipedia Commons)

Ce que j'en ai pensé :

Je me faisais une joie de retrouver les personnages rencontrés dans L'abbaye des cent péchés, lu fin 2016 : le chevalier Maynard de Rocheblanche et sa soeur Eudeline.
La quête de la troisième relique du Christ, le lapis exilii, est toujours d'actualité, mais les rapports se tendent autour de Maynard qui ne sait plus à qui faire confiance et se retrouve confronté à la grande épidémie de peste noire qui ravagea l'Europe et fit plus de 30% de morts.

On avance assez peu dans cette enquête ésotérique qui donne l'impression de "placer" certains personnages comme futurs intervenants du troisième tome à paraître, la nature du lapis exilii n'apparait d'ailleurs que dans les derniers chapitres..

Mais le rythme est toujours aussi effréné, propulse le lecteur d'aventures en traquenards, de combats chevaleresques en manipulations politiques. Sans compter que le style est toujours au rendez-vous, la qualité de l'écriture (et de la traduction) n'ayant plus à faire ses preuves..

Bref, un opus sans doute moins prenant et moins mystérieux que le précédent mais dont la lecture reste agréable.

10 avril 2018

Sauf - Hervé COMMÈRE

Editions Fleuve Noir
Parution 8 mars 2018
272 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

L'année de ses six ans, à l'été 1976, Mat a perdu ses parents dans l'incendie de leur manoir en Bretagne. Rien n'a survécu aux flammes, pas le moindre objet.
Mat est aujourd'hui propriétaire d'un dépôt-vente. Comme à chaque retour de congés, il passe en revue les dernières acquisitions. La veille, ses employés ont récupéré un album photos à couverture de velours. Sur chaque page de cet album, des photos de lui enfant. Sauf que cet album ne devrait plus exister. Il ne peut pas exister. Et pourtant…

Mat a toujours aimé se raconter des histoires, mais à quarante ans passés, il semblerait que la sienne lui ait échappé. De Montreuil à la pointe du Finistère, cherchant à comprendre quel message la vie veut lui adresser, il traquera les vérités, ses vérités, celles que recèle un album de famille resurgi brutalement des décombres.

Ce que j'en ai pensé :

Bon plan ! J'avais envie d'un polar pas trop torturé, bien écrit et surtout avec une intrigue qui tienne le fil, ça a fonctionné ! Et finalement, je l'ai dévoré en 2 heures !

L'écriture est tendue, sèche, incisive ; l'intrigue...intrigante ! comment cet album photo a-t-il pu "sortir" d'une maison incendiée de la cave au grenier ?
Que connait-on vraiment de son enfance, de son passé, que nos proches ont bien voulu nous raconter ?

Un polar habilement ficelé, intelligent, chapitres en mode cliffangher, vifs et courts, un polar qui ne préserve d'aucun rebondissement, une parfaite maîtrise de la tension narrative !

J'ai été surprise, séduite...
Bref, à recommander !

6 avril 2018

Les chemins de la haine - Eva DOLAN

Editions Liana LEVI
Parution : 4 janvier 2018
Titre original : A long way home
Traduction : Lise Garond
448 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Pas de corps reconnaissable, pas d’empreintes, pas de témoin. L’homme brûlé vif dans l’abri de jardin des Barlow est difficilement identifiable. Pourtant la police parvient assez vite à une conclusion: il s’agit d’un travailleur immigré estonien, Jaan Stepulov. Ils sont nombreux, à Peterborough, ceux qui arrivent des pays de l’Est, et de plus loin encore, à la recherche d’une vie meilleure. Et nombreux sont ceux qui voudraient s’en débarrasser. Les deux policiers qui enquêtent sur le meurtre, Zigic et sa partenaire Ferreira, ne l’ignorent pas. N’éliminant aucune piste, le duo pénètre dans un monde parallèle à la périphérie de cette ville sinistrée par la crise économique, là où les vies humaines ont moins de valeur que les matériaux utilisés sur les chantiers de construction. Là où tous les chemins peuvent mener au crime de haine.


Ce que j'en ai pensé :

Lorsqu'on a la peau un peu foncée, ou quand on débarque des Pays de l'Est illégalement, la vie à Peterborough, en pleine crise économique,  n'est pas douce et chacun rêve de rentrer au pays, même avec un pécule plus maigre que prévu.

Une ville ouvrière, des tensions et une intrigue assez maline, bref ...Un très bon polar social ! 
Un polar qui explore les arcanes de nos peurs sociales (la misère, l'étranger), qui déroule une intrigue implacable, presque sèche et qui fait le choix de placer les deux principaux protagonistes dans une ambiance malsaine : Zigic et Mel Ferreira (très bon personnage féminin, exacerbé, souvent radical) sont eux-même issus de l'immigration et comprennent mal l'accueil réservé par les anglais aux immigrants.

C'est aussi un portrait de l'Europe qui devient populiste et xénophobe, qui se mure dans un statut loin de toute humanité, qui montre ce que provoque l'économie libérale et capitaliste, qui souligne comment notre mode de vie dysfontionne, à quel point l'homme est vulnérable (le "local" qui ronge son frein, l'immigré fragile hors de son pays), évoque l'esclavage moderne et la prostitution, raconte la détresse des immigrants, sans pour autant se poser en juge.

Il manque toutefois à ce polar un brin d'émotion, les personnages n'attirent pas forcément l'empathie, mais c'est un opus qui a le mérite d'être prenant par son intrigue et qui fait s'interroger sur notre société.


Je serai très curieuse de découvrir les prochains "épisodes" de cette brigade particulière !
exacerbé, souvent radical) sont eux-même issus de l'immigration et comprennent mal l'accueil réservé par les anglais aux immigrants.

30 mars 2018

Les Pâques du commissaire Ricciardi - Maurizio de GIOVANNI

Editions Payot-Rivages - Collection Rivages Noirs
Parution : 21 mars 2018
Titre original : Vipera
Traduction : Odile Rousseau
400 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Une semaine avant Pâques, dans le Naples fasciste de 1932, une prostituée de luxe connue sous le nom de Vipera est assassinée dans un bordel de première classe, le Paradiso. Son dernier client jure qu’elle était bien vivante quand il l'a quittée, le suivant dit l'avoir retrouvé étouffée sous un oreiller. Alors que la ville s’apprête à célébrer en grande pompe la résurrection du Christ, le commissaire Ricciardi devra démêler un nœud d'avidité, de frustration, de jalousie et de rancune afin de résoudre l'énigme de la mort de Vipera.

 Naples 1932

Ce que j'en ai pensé :

C'est toujours fascinant de découvrir un nouveau héros de polar, d'un auteur qu'on n'a jamais lu, et de le trouver très attachant dans toutes ses failles et dans tous les mystères qui assombrissent sa vie d'homme.

J'ai beaucoup aimé le commissaire Ricciardi, mais aussi son acolyte Maione et le médecin légiste Bruno Modo. Il y a chez l'auteur une fine approche des protagonistes qui leur confère un pouvoir d'empathie assez fort. Les personnages (récurrents quoique) secondaires sont du même acabit : Livia la belle, Enrica amoureuse et la nonna...

Et c'est cette délicate dentelle de caractères qui donne sa saveur à cette enquête qui nous offre une plongée dans l'Italie fasciste où la police secrète agit dans l'ombre. 
Il y est question d'amour et d'argent (statistiquement les deux premières causes d'homicides), mais aussi d'ambiance et de sensations : Ricciardi est particulièrement "sensible" et intuitif.

J'ai passé un excellent moment avec ce polar. Je me demande même pourquoi je ne me suis pas intéressée auparavant à cet auteur qui apporte presque de la poésie aux meurtres, et donne dans un rythme assez lent, toute l'amplitude nécessaire à l'intrigue. Je n'avais pas lu l'opus précédent, Le Noël du commissaire Ricciardi (début du nouveau cycle des Festivités, et que, j'ai très envie de lire maintenant !!), mais ça n'a en rien entamé mon plaisir, et ça m'a surtout donné envie de ne pas perdre de vue cette série et cet auteur !

Merci aux Editions Rivages et à Hund pour cette lecture que j'ai vraiment beaucoup aimé !!

28 mars 2018

Les rêveurs - Isabelle CARRÉ

 
Editions Grasset
Parution : 10 janvier 2018
304 pages
Prix RTL LIRE 2018

Ce qu'en dit l'éditeur :

«On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… »   I. C. 
 
Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.

Ce que j'en ai pensé :

J'aime beaucoup Isabelle Carré en tant qu'actrice (Elle m'a tellement épatée dans Maman est folle, téléfilm inspiré de A l'abri de rien, le roman d'Olivier Adam !) , je le trouve juste et émouvante, un brin fragile. Mais je ne suis pas fan des livres "écrits" par des "people"...
Autant dire que j'étais à la fois curieuse et circonspecte avant la lecture de ce premier roman très autobiographique !

Pourtant, j'ai trouvé une jolie plume, pudique et souvent poétique, qui se délivre et qui se livre, qui murmure, résonne pourtant. Il y a du talent pour le verbe chez Isabelle Carré, c'est tout en retenue et pourtant parfois brut, des confessions qui étonnent, qui la font être autre chose qu'une icône de cinéma. 

Même si la construction peut sembler brouillonne, sautant allègrement d'une époque à l'autre (de sa défenestration à la découverte de l'homosexualité refoulée de son père, de son internement en psychiatrie à la passion soudaine de sa mère pour la poterie), on s'attache à ces mots pleins de tendresse, sans nostalgie, des mots qui montrent avec bonheur qu'on peut "survivre" dans une famille dysfonctionnelle et aller vers ses rêves.

Belle découverte dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2018 !

" Notre univers avait la texture d'un rêve, oui, une enfance rêvée, plutôt qu'une enfance de rêve" (page 62)
 

24 mars 2018

Cette vie ou une autre - Dan CHAON

Editions Albin Michel - Collection Terre d'Amérique
Parution : 5 janvier 2011
Titre original : Await your reply
Traduction : Hélène Fournier
405 pages 


Ce qu'en dit l'éditeur :

Lucy a quitté le lycée et sa famille pour suivre un professeur charismatique qui n’est peut-être pas celui qu’elle croyait, Mike recherche son frère jumeau disparu depuis dix ans et qui a sans doute causé la mort de leurs parents, le jeune Ryan est bouleversé d’apprendre la véritable identité de son père : trois personnages totalement étrangers les uns aux autres, et dont les destins viennent s’entremêler de manière vertigineuse. 

Comme dans un jeu de pistes, Dan Chaon, finaliste du National Book Award, l’auteur de Parmi les disparus, établit des correspondances subtiles entre ces trajectoires, transformant peu à peu son récit en un véritable suspense psychologique, à la croisée des univers de David Lynch et de Don DeLillo. Une démonstration de virtuosité et d’audace littéraires sur l’érosion de l’identité dans un monde de plus en plus virtuel.


Ce que j'en ai pensé :

J'en avais entendu le plus grand bien, et ma déception a été à la hauteur de mes attentes.
Dommage !
Je suis passée à côté de ce roman, complètement...irrémédiablement !

Je l'ai lu dans de mauvaises conditions : un TGV en retard (accident de personne sur les voies), deux très jeunes bébés qui pleurent-ont faim-ont la couche sale, une tripotée de leurs frères et sœurs de moins de 8 ans qui hurlent ("c'est quand qu'on arrive, môman ?"), deux profs qui se racontent leurs vies (pas si) privées que ça, ma voisine qui claviote à se fracturer les index et écoute si fort sa musique que j'ai les dents qui poussent...

Pourtant, j'ai d'abord aimé ce roman pseudo-choral, aimé les personnages, Miles, Lucy, Jay, George, Rachel, Patricia, etc... un tel enchevêtrement (volontaire) de figures que j'ai fini par m'y perdre même si j'ai compris assez vite de quoi il retournait...
Des personnages attachants avec leurs failles, leurs espoirs et leurs doutes et, en fond, la schizophrénie, les identités multiples, l'usurpation d'identité, le volonté de repartir de zéro.

Sauf que....je me suis demandée qui était fou, qui était mort, qui cherchait (vraiment) qui, et que j'ai perdu le fil même sur les 150 dernières pages. 
Ça n'a pas fonctionné avec moi et j'ai l'impression d'être passée à côté de quelque chose..Tant pis !

21 mars 2018

Bambi bar - Yves Ravey

Editions de Minuit
Parution : 10 janvier 2008
96 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

Quand les gendarmes frappent chez Léon, à l'aube, ils prétendent enquêter sur la voiture qui a renversé une jeune fille à la sortie d'un dancing.
Mais, très vite, leurs questions s'orientent sur les activités du Bambi Bar qui emploie cette jeune fille dans des conditions pour le moins louches et qui vient d'engager Léon pour réparer la chaudière

Ce que j'en ai pensé :

Il est malin, Yves Ravey ! 
Parce qu'avec ses phrases courtes et sèches, il arrive à l'essentiel, et même si l'intrigue se dessine assez vite, il y a toujours un twist, quelque chose qui perturbe, change la donne ! 

De ce supposé "voyeur" est-européen qui observe Candie et sa mère aux travers de jumelles, on ne sait presque rien. Et puis, à coups de plume ciselée, Léon devient un mec bien, un mec futé, avec de vrais motifs.

Yves Ravey ne dissèque pas ses personnages, mais il leur donne corps, et finalement s'épargnant mots inutiles, il livre un portrait vif et intelligent de ces protagonistes, prostituées, mafieux maquereaux, marginaux.

Impossible de spatialiser l'intrigue, impossible d'en limiter l'époque, c'est hier ici, c'est aujourd'hui ailleurs, et cette espèce de neutralité permet de concentrer le dénouement, de lui donner une universalité.

18 mars 2018

La disparition de Stephanie Mailer - Joël DICKER

Editions de Fallois
Parution : 7 mars 2018
640 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

30 juillet 1994. Orphea, petite station balnéaire tranquille des Hamptons dans l’État de New York, est bouleversée par un effroyable fait divers: le maire de la ville et sa famille sont assassinés chez eux, ainsi qu’une passante, témoin des meurtres.
L’enquête, confiée à la police d’État, est menée par un duo de jeunes policiers, Jesse Rosenberg et Derek Scott. Ambitieux et tenaces, ils parviendront à confondre le meurtrier, solides preuves à l’appui, ce qui leur vaudra les louanges de leur hiérarchie et même une décoration.

Mais vingt ans plus tard, au début de l’été 2014, une journaliste du nom de Stephanie Mailer affirme à Jesse qu’il s’est trompé de coupable à l’époque.

Avant de disparaitre à son tour dans des conditions mystérieuses.

Ce que j'en ai pensé :

Pas de Marcus Goldman, cette fois ! Mais deux flics liés par un drame, Rosenberg et Scott qui n'ont pu empêcher la mort de Natacha, la fiancée du premier quand, dans le but d'interpeller le suspect n°1 du meurtre du maire d'Orphea, ils ont vu la voiture de police basculer dans la rivière.

Stéphanie Mailer, la journaliste qui enquête sur l'assassinat du maire 20 ans plus tard, disparait à son tour. Rosenberg, à quelques jours de la retraite, reprend du service.

Je ne me suis pas ennuyée une seconde, j'ai même trouvé cet opus meilleur que La vérité sur l'affaire Harry Québert et Le livre des Baltimore
L'alternance des points de vue et des époques peut sembler parfois déroutant mais l'ensemble est bien mené et ne perd pas son lecteur !

Par contre, je suis plus circonspecte sur le style que je ne trouve pas à la hauteur de ce qu'aurait pu promettre l'intrigue, il y a des longueurs et ça m'a souvent énervée, voire ennuyée, même si l'impression globale est correcte.

Ceci dit, ce n'est pas un polar, ce qui permet d'excuser quelques poncifs du genre et de passer un bon moment !

13 mars 2018

Une autre histoire - Sarah J. NAUGHTON

Editions Sonatine
Parution : 8 mars 2018
Titre original : Tattletale
Traduction : Pierre Szczeciner
416 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

Elevée par un père violent et une mère soumise, Mags a fui l’Angleterre dès qu’elle a pu pour devenir une brillante avocate à Las Vegas. Lorsqu’elle apprend que son jeune frère, Abe, a été victime d’un accident et se trouve dans le coma, elle revient pour la première fois depuis longtemps à Londres. Là, elle a la surprise de rencontrer sa petite amie, Jody, dont il ne lui avait jamais parlé. Elle est plus surprise encore quand Jody, inconsolable, lui révèle qu’il ne s’agit pas d’un accident mais d’un suicide. Dépressif, Abe s’est jeté par la fenêtre. Peu à peu, la version officielle semble néanmoins présenter d’étranges incohérences. Jody dit-elle toute la vérité ? Était-elle vraiment la petite amie d’Abe ou une experte en manipulation ?
À ce stade du résumé, votre opinion est sans doute déjà faite. Jody est coupable, elle a d’une façon ou d’une autre participé à la chute d’Abe, Mags va découvrir la vérité. C’est du tout cuit : un thriller de plus parmi tant d’autres. Eh bien, détrompez-vous. Si les apparences sont en effet trompeuses, vous n’imaginez pas à quel point. Vous êtes surtout loin de vous douter avec quelle maestria Sarah Naughton vous manipule.
Vous croyez lire une histoire et c’en est une autre, bien plus captivante, 


Ce que j'en ai pensé :

Accident, meurtre ou suicide ? Toutes les hypothèses sont plausibles (et le restent presque jusqu'à la fin).

Un quartier pourri de Londres, un immeuble rempli de cas sociaux et de psychotiques, un jeune homme qui fait un vol plané du 4ème étage d'une ancienne église reconvertie en logements sociaux pour s'écraser au rez-de-chaussée et sa sœur, une avocate tenace, pas franchement sympathique qui mène l'enquête...

Des fausses pistes et  des certitudes,  pour finir sur un "twist" un peu bancal...

Je n'ai pas été convaincue, j'ai trouvé pas mal de qualités à ce premier roman mais aussi un bon lot de défauts. 

Les personnages, souvent caricaturaux : l'avocate aux dents longues et sans cœur, l'homo amoureux, la femme musulmane soumise, l'ex-junkie, l'ancienne star de cinéma, le rugbyman sûr de ses muscles mais sans cervelle... 
Sans compter que l'avocate se fait surnommer "Marie Madeleine", que le frère suicidé se prénomme Abraham  et que leur père est décrit comme un fondamentaliste chrétien ! Doux Jésus !! que de clichés !
Sans compter non plus que, pas une fois, je n'ai cru à la culpabilité de Jodi la voisine, supposée petite amie du défunt...

Et puis, si l'intrigue tient le fil et que l'ensemble se lit bien, j'ai été heurtée, un peu, sur l'espèce de grossophobie ambiante  : le vieil obèse, la grosse assistante sociale, la femme très enveloppée, représentés comme des problématiques à eux-seuls...alors que l'avocate est jeune, belle et forcément mince ! Tous les personnages secondaires ou dont la moralité est douteuse sont des personnes en surpoids ! 

Sans compter que ça se double d'une sorte de mépris condescendant envers les homosexuels, et là je me dis que le traducteur a dû bien galérer pour évoquer "cette vieille folle" (il s'agit, vous l'aurez compris d'un mec !).
 
Pas mauvais mais pas non plus convaincant, ce polar ! 
Ça donne l'impression (par les superposition de chapitres courts, par le côté "choral" et les passages en italique qui ramènent au passé -super traumatisant-, par l'aspect très -trop- cinéma de l'ensemble) que l'auteur a bien suivi les cours de creative writing de son université, section "how to thrill a novel"....

Merci à Babelio et aux Editions Sonatine pour cette lecture ! 


10 mars 2018

Janvier noir - Alan PARKS

Editions Rivages Noirs
Parution : 7 mars
Titre original : Bloody january
Traduction : Olivier Deparis
365 pages

Ce qu'en dit l'éditeur :

"Le regard du gamin se fixa soudain, comme s'il venait seulement de remarquer sa présence. Son bras pivota dans sa direction, le pistolet se braqua droit sur sa tête. McCoy se figea tandis que le gamin affinait sa visée. Une détonation sèche retentit. Une nuée de moineaux s'envola du toit et la foule paniqua pour de bon." 

Dans l'un des secteurs les plus passants de Glasgow, devant la gare routière, un garçon d'à peine vingt ans ouvre le feu sur l'inspecteur McCoy et sur une jeune femme, avant de retourner l'arme contre lui. La scène se déroule sous les yeux de Wattie, l'adjoint de McCoy. 

Qui est ce mystérieux garçon ? Quel est le mobile de son acte ? C'est ce que les deux policiers vont s'efforcer de découvrir, malgré l'opposition de leurs supérieurs. Une enquête en forme de déambulation dans une ville âpre, noire, parfois désespérée et pourtant palpitante d'humanité. Une ville qui vous saute à la gorge et ne vous lâche pas. 


Ce que j'en ai pensé : 

Un drôle d'inspecteur ce Mc Coy ! 

Flirtant avec la pègre écossaise, amoureux d'une pute camée, mais réglo, même si la bière l'hydrate plus que l'eau et que la bagarre ne lui fait pas peur ! Et puis, il traîne un passé lourd, des trucs qu'il n'a pas trop envie de raconter (sa mère en asile psy, son père alcoolo et lui dans un orphelinat où il s'est fait tripoter par les curés).
Ça ne l'empêche pas d'être un bon flic, de ceux qui ne laissent pas passer les dérives des richards pleins de morgue !

Et là, il est servi.

J'ai adoré ce polar ! J'ai adoré l'ambiance glauque de ce Glasgow en pleine sinistrose au début des années 1970 ! Chantiers navals en grève, attentats de l'IRA en Angleterre, rancœurs larvées, petits caïds qui veulent encadrer le commerce de la brune, clandés et partouzes de la "haute" pleine de perversion.

Et pourtant,  pas de clichés dans ce roman ! On pourrait presque en faire un polar qui se déroulerait aujourd'hui tant rien ne parait avoir changé, omerta, puissance, complicités.
La narration est bien menée, et le polar devient très rapidement addictif : je l'ai lu très vite, enthousiasmée par les personnages, leurs psychoses, leurs dérives et l'atmosphère bien restituée !

Pour tout dire, j'aimerais bien retrouver ce "poulet" un peu borderline dans d'autres enquêtes !!

Merci aux Editions Rivages et à Hind de garnir ma boîte aux lettres de polars d'aussi bonne qualité !