15 mars 2017

Le quatrième mur - Sorj CHALANDON

Editions Grasset
Parution : 21 août 2013
336 pages


Ce qu'en dit l'éditeur :

« L'idée de Sam était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne... »

Né en 1952 en Tunisie, Sorj Chalandon est un journaliste et écrivain français. Après avoir été grand reporter puis rédacteur en chef adjoint au quotidien Libération de 1974 à février 2007, il est devenu un auteur reconnu grâce notamment à Une promesse en 2006 (Prix Médicis), Mon traître en 2008 et, en 2011, Retour à Killybegs couronné par le Grand Prix du roman de l'Académie Française. Le prix Goncourt des lycéens lui est attribué en 2013 pour Le quatrième mur.

Ce que j'en ai pensé :

"C'était vertigineux. J'avais une nouvelle terre et j'avais une nouvelle famille. Jour après jour, des hommes m’offraient un fragment du pays. "

Il n'est pas au bout de ses surprises, Georges, l'ancien étudiant révolutionnaire, quand il accepte par amour pour son ami mourant, Sam le juif grec, de se rendre à Beyrouth pour prendre le relais d'un projet bien particulier : faire jouer Antigone par une troupe mêlant druzes, chiites, sunnites, chrétiens maronites... Tous ensemble pour offrir un répit à la guerre qui secoue le Liban.
 
Il faut convaincre, parfois juste par un silence, parfois à la faveur d'un "incident" presque diplomatique, afin que chacun, dans ses convictions politiques ou religieuses, trouve sa place.
Avec les balles qui sifflent aux oreilles et les susceptibilités à ménager. 
 
"C'est le Liban qui tire sur le Liban."

Il faut composer avec la peur de mourir, avec le désarroi, avec l'incompréhension (les uns contre les autres), avec la barrière de la langue et de la foi. 
Et Sam qui meurt doucement sur son lit d'hôpital.

"Des avions se jetaient sur la ville. Ils bombardaient la capitale du Liban. C'était incroyable, dégueulasse et immense. J'étais en guerre. Cette fois, vraiment. J'avais fermé les yeux. Je tremblais. Ni la peur, ni la surprise, ni la rage, ni la haine de rien. Juste le choc terrible, répété, le fracas immense, la violence brute, pure, l'acier en tous sens, le feu, la fumée, les sirènes réveillées les unes après les autres, les klaxons de voitures folles, les hurlements de la rue, les explosions, encore,encore, encore."

L'immeuble Barakat, "la maison jaune", à Beyrouth

Comment trouver les mots justes pour dire à quel point ce roman est fort ? Du genre qui prend aux tripes et qui ne s'oublie pas ! Du genre qui montre comment les guerres bouleversent les hommes (et pour Georges, c'est radical !), obligent à prendre parti, obligent à plonger au cœur de la tourmente...

Il est difficile pour moi d'émettre une "critique"..Que pourrais-je critiquer ? La folie du monde et la déraison des combattants, la folie d'artistes prêts à presque tout pour monter Antigone au milieu de l'horreur, comme un parallèle absurde entre la tragédie de théâtre et celle du monde ? Dire que tout paraît dérisoire autour ?

J'avais ce roman depuis sa parution dans ma PAL, il faisait partie de ceux que je voulais absolument lire quand j'en avais découvert un extrait. Et je l'ai laissé tomber, oublié sur une étagère de ma bibliothèque. Il lui fallait sans doute "le bon moment", celui qui permet la rencontre qui marque au cœur.


"Et voilà. Sans la petite Antigone, c’est vrai, ils auraient tous été bien tranquilles. Mais maintenant, c’est fini. Ils sont tout de même tranquilles. Tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l’histoire sans y rien comprendre. Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris. Et ceux qui vivent encore vont commencer tout doucement à les oublier et à confondre leurs noms. C’est fini."
Jean Anouilh, Antigone (1942) 

en version poche

3 commentaires:

  1. un gros coup de coeur également, un livre magnifique!

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  2. Il est très beau et sincère, ton billet. Magnifique roman. Je l'ai lu, mais pas chroniqué. Je ne trouvais pas les mots... Toi, tu as su!

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  3. Comme j'ai aimé ce roman. C'est le livre par lequel j'ai découvert Sorj Chalandon . Depuis, j'ai lu d'autres romans de cet écrivain mais aucun ne m'a autant plu que le quatrième mur.

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